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Clameur et réalité

Je discutais hier avec un groupe de collègues dont l’un d’eux affirmait avec vigueur l’existence d’un vent de révolte soufflant au sein de la population de France. Je n’étais pas aussi affirmatif que lui. Ce fut l’objet d’un échange assez vif, car passionné, et lui de dire que je devais vivre dans une grotte pour ignorer cela.
L’occasion était donc belle de me justifier quelque peu sur des hypothétiques origines d’une déprime sociale.

Je lui accordais bien qu’en effet, depuis quelques temps on entend un clameur. Enfin, on lit une clameur plus exactement. Et c’est important de le préciser, car on le lit sur les réseaux sociaux. Alors précisément, parlons-en si tu le veux bien, car cela me fait penser à trois torrents. Trois torrents qui se rejoignent et forment la rivière de la clameur. Pardonnez-moi, je ne voudrais pas non plus faire une thèse sur ce sujet, mais si je pouvais bénéficier de votre indulgence pour mes raccourcis, ce serait chouette. Lire la suite

Le AAA expliqué à mes enfants

J‘avais commencé il y a peu à expliquer à mes enfants pourquoi nous parle t-on tous les jours de crise en France. Et pourquoi ce catastrophisme leur semblait si lointain de nos réelles préoccupations.
Mes enfants, très intrigués lorsqu’ils constatèrent que finalement le système économique actuel, c’est comme le jeu Monopoly que l’on connait tous très bien, c’est à dire que tout concourt à ce que l’argent créé se retrouve dans les mêmes poches. En effet, au début nous sommes un certain nombre à jouer (dans la vraie vie à travailler), puis nous investissons, et à la fin, il n’en reste qu’un qui en a plein les poches, tandis que les autres, et bien ils ne leur restent que des radis.

Le problème est finalement assez simple. Nous travaillons avec des salaires contraints, et eux, les financiers, ceux qui nous prêtent de l’argent en nous faisant crédit, s’enrichissent. Aujourd’hui, la monnaie n’est plus créée par la sueur de l’ouvrier qui bâtit ou de l’ingénieur qui conçoit, mais par le banquier qui prête de l’argent, ou vend des risques. Les agences de notations que nous adorons tous, puisqu’on nous rabâche les oreilles avec ça, et qui semblent très importantes pour tous les citoyens, alors qu’en principe elles n’intéressent que les banquiers ou les spéculateurs, ont donc manqué à leurs devoirs. Tout le monde le comprend, sauf les politiques et les journalistes. C’est à dire au bout du compte personne, puisque ce sont eux qui dispensent l’information et ce à quoi nous devons nous intéresser. Hélas.
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La crise expliquée à mes enfants

Tout père de nos jours, peut s’enorgueillir de pouvoir annoncer : « Tu vois mon fils, un jour toute cette dette sera à toi ! ».
La politique c’est désormais l’art de faire avaler aux citoyens, que s’il y a une crise, c’est la faute d’on ne sait pas bien qui, sans doute de la vôtre, et afin d’endiguer la croissance de la dette du pays, il va falloir que vous travailliez plus longtemps, tout en étant moins bien payé.

Certes, il ne s’agit pas encore en France de baisser les salaires, comme c’est le cas en Grèce, en Irlande ou au Portugal. Néanmoins, bien que nous ayons tous entendu à un moment récent que nous allions travailler plus pour gagner plus, on nous démontre maintenant que certes, vous allez travailler plus longtemps, mais sans gagner quoique ce soit de plus. La crise impose des mesures d’économies, vous comprenez.

Au fait comprenez-vous vraiment ce qui nous arrive ? Pensez-vous que la crise soit la faute du citoyen qui profite des allocations, qui ne travaille pas assez ou qui tombe trop souvent malade ? Pensez-vous que depuis 1950 la productivité de chaque travailleur n’a pas très sensiblement augmentée ? Pensez-vous que la labeur de nos ancêtres, puis la nôtre, ait logiquement pour résultante une augmentation de la labeur de nos enfants ? Le travail des hommes n’ a t-il pas pour seule finalité que de favoriser le confort de tous, pour aboutir en fin de compte à une vie paisible ? Lire la suite

Banques et criquets

Etre banquier est-il moral ?

Le mois d’août est classiquement ce que l’on appelle le mois de la torpeur. On aime dire que c’est le moment où le gouvernement se dépêche de publier des décrets impopulaires, de voter l’augmentation de tous les tarifs et impôts. On oublie également que pendant que certains dépensent le peu d’argent qu’ils gagnent en vacances, d’autres en profitent pour s’enrichir tranquillement. A ce propos, c’est incroyable, les banquiers se gavent de l’argent des contribuables : http://is.gd/23u6Zhttp://is.gd/23u7Lhttp://is.gd/23u8i

La question qui vient immédiatement à l’esprit est: est-ce légitime ?
Ma réponse est intuitivement non.  Pendant que les banques venaient quémander au chevet de l’état des aides et des avantages, le spectre de la récession – pur produit des dérives bancaires, et de fait une nouvelle épée d’Amoclés, planait au dessus des travailleurs. Le salarié lambda se voit ainsi contraint de travailler plus, pour gagner si possible autant. C’est la logique de libre marché, où lorsque les temps sont durs, les patrons pressent le citron des employés, et en profitent, c’est humain, pour réduire leurs coûts, par tous les moyens possibles et surtout les plus faciles. La peur de perdre son emploi en est un.
Et maintenant que nos quelques euros disponibles, plus durement gagnés sans doute que l’année dernière, transitent dans les coffres forts des banques, celles-çi se gavent tant qu’elles peuvent ? C’est indécent. C’est scandaleux. C’est indigeste. Lire la suite

Seuls les ouvriers ont des manches

Vous connaissez bien la dichotomie habituelle, dans le monde du travail il y a les cols bleus, et les cols blancs. Hé bien Eric Woerth1 vient de nous démontrer que seuls les ouvriers et les employés ont des manches. En effet lorsqu’il est interrogé sur la grève générale du 29 janvier 2009, il répond :

Qu’ils se démènent, (…) qu’ils bougent, qu’ils ne le fassent pas nécessairement uniquement en défilant ou en râlant! (…) Qu’ils deviennent un acteur de la sortie de crise. Et devenir un acteur de la sortie de crise, c’est quand même me semble-t-il se remonter un tout petit peu les manches et se mettre à travailler plutôt à l’unité du pays.
(Entretien sur France Inter le 27 janvier 2009 – source -)

Ainsi c’est désormais parfaitement clair, seuls les gens en bas de l’échelle ont la responsabilité de la crise. Les ouvriers et employés qui gagnent à peu près 2000 euros par mois devraient donc se serrer la ceinture en plus des coudes afin de sortir le pays d’une crise. Une crise générée par des banques qui ont dépensé un argent astronomique dans des montages abracadabrants afin de générer, sans produire quoique ce soit, du cash dont seuls profitent une poignée de drogués de la plus-value. Des banques qui ont donc abusé des petites économies d’une population qui travaille pour mettre deux francs six sous de côté pour sa retraite, mais à qui finalement on donne encore plus d’argent afin qu’elles accordent quelque crédit aux nombreuses petites entreprises fonctionnant sans filet, et pourquoi pas afin qu’elles puissent à nouveau nourrir le système à l’origine de la catastrophe. Lire la suite

  1. Pour un ministre qui se prétendait plutôt de gauche, à l’heure où l’opposition semble inexistante en France, on ne peut que constater les dégâts.
    « Ouvriers » dans ce papier est un terme générique qui pourrait désigner tous les travailleurs de base, les employés ou professions intermédiaires. Cela dit il n’est pas utile non plus de cultiver la différence sociale car il est bien possible qu’à tous les niveaux, des femmes et des hommes souffrent au quotidien du rouleau compresseur généré par le business moderne qui ne sait plus à quelles valeurs se vouer.