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Intelligence, ségrégation et collaboration

Lorsque vous travaillez ou simplement vivez au quotidien avec des animaux, vous avez tendance à l’anthropomorphisme. Et c’est bien naturel. Plus vous côtoyez un être vivant, homme ou animal, plus vous le connaissez, et plus vous décryptez ses attitudes et son langage gestuel. Ainsi nous prêtons volontiers à nos compagnons quelque intelligence marquée. S’intéresser un instant sur cette notion d’intelligence animale pourrait être intéressant afin d’appréhender la richesse des différences, et pourquoi pas de mettre en exergue un aspect essentiel du progrès dans la société humaine.

Un carnivore, que ce soit un chien ou un chat, nous semble évidemment intelligent et malin. Pourtant cela s’exprime bien différemment chez ces deux mamifères. Pour certains, le chien sera dépendant de l’homme même s’il sait faire beaucoup de choses, tandis que le chat grâce à son caractère marqué sera plus indépendant. Il sera moins doué pour l’apprentissage, sera peut-être plus fantaisiste, mais parce qu’il est indépendant et fait ce qu’il veut, il suscite notre admiration (nous nous pouvons pas espérer une pareille liberté, nous envions ce félin), et provoque chez nous une impression d’intelligence. Pour d’autres il ne fait aucun doute que le félin est idiot et ne comprend rien, tandis que leur chien sait quant à lui beaucoup de choses, a beaucoup d’instincts et surprend quotidiennement son maître par ses initiatives. C’est un animal intelligent!
Nous constatons qu’avec ces deux exemples, l’intelligence se définit différemment selon nos propres rêves ou nos attentes. C’est pourquoi les deux animaux ne seront pas appréciés sur des critères équivalents. Actuellement personne ne peut scientifiquement affirmer que l’un est plus intelligent que l’autre. Cela dépend du référent, de leur mode de vie, de notre propre exploitation, la comparaison manque ainsi de crédibilité.

Nous retrouvons cette notion de facteur d’intelligence chez les cavaliers. Pour beaucoup, mais pas tous, le cheval est un animal intelligent. Cette affirmation est scientifiquement contestable. En effet, dans la chaîne alimentaire un cheval ne se situe pas du tout au même niveau qu’un chat ou un chien. Le cheval est un herbivore des praires, et à ce titre, se situe en bas de la chaîne alimentaire. Empiriquement, nous savons que les animaux situés en bas d’une chaîne alimentaire développent rarement un comportement intelligent, au sens pluriel où nous l’entendons. Pourquoi finalement, taxer l’équidé d’intelligent, alors que si vous lui lancez une balle, il n’en fera rien (à part peut-être vous regarder de travers)?
C’est pourtant un animal doué d’une mémoire remarquable. C’est sur cette qualité que s’appuiera l’écuyer pour l’apprentissage de son destrier, afin de l’amener en quelques années à la haute école, celle qui permet au cavalier de se sentir à cheval comme dans un fauteuil. C’est la force de l’animal, comme sa faiblesse dans l’apprentissage, puisque la moindre erreur du cavalier sera sanctionnée longtemps par l’animal. Ainsi, il apprendra vite les résistances, et assez lentement la légèreté. Sa mémoire pour autant suffit-elle à qualifier cet animal d’intelligent? Probablement pas! N’importe quel homme de cheval vous dira que cela n’autorise finalement pas beaucoup de choses, et surtout demeure un facteur important de comportements névrosés.
Ce qui peut tromper l’homme dans son appréciation de l’animal en tant qu’être doué d’intelligence, est qu’outre cette faculté de mémoire,  le cheval développe une grande sensibilité. Malgré sa taille et son importante masse, c’est un animal particulièrement délicat dans l’appréhension de son environnement. Cette délicatesse fait le bonheur des femmes qui trouvent dans cet animal un complice de leurs propres instincts, peut-être trop souvent ignorés (à tort ou à raison, ce n’est pas le débat) par les hommes.

Le cheval n’est pas à proprement parler intelligent, pourtant il développe un sens aigu de la sensibilité et une très bonne mémoire. Avec ces deux principales qualités cela le rend attachant, et le meilleur compagnon de l’homme. Le chat est admiré pour son indépendance, parce qu’on l’envie, le chien est une aide précieuse pour beaucoup d’activités humaines, c’est également un compagnon de vie formidable au même titre qu’un chat. De multiples comportements, de multiples intelligences que nous ne pouvons pas rapporter à une seule perception de l’intelligence. Et si l’animal est attachant il n’est pas pour autant intelligent.
La mesure de l’intelligence est au cœur des préoccupations des hommes, puisqu’à défaut d’avoir des ailes, des griffes ou de courir vite, l’homme utilise principalement son cerveau comme moyen adaptatif. Les américains sont très friands de la mesure de l’intelligence par le biais du QI. Pourtant des études montrent que les tentatives de mesures aussi fixées ne sont pas une bonne idée 1. Mesurer l’intelligence serait ainsi hasardeux, et pourrait occulter beaucoup de composantes, pour finalement aboutir à une vision très restrictive de l’intelligence humaine.

[images_mini_gallery width= »299″ height= »200″]https://raoulburdet.fr/wp-content/uploads/2010/12/29440.jpg[/images_mini_gallery]Nous comprenons ainsi que ce qui fait la richesse de la vie, et plus prosaïquement celle de l’homme, est sa diversité. L’intelligence est multiple, et chaque forme d’intelligence façonne le monde. Nous connaissons tous un chef de service qui s’estime au dessus du lot. Pourtant son corps de métier n’a pas de représentant au palmarès des prix Nobel … Et un chef tout seul n’a jamais rien donné de concret. En effet,  à la bataille, un général seul au front ne permettra jamais de victoire. Cette diversité se retrouve aussi dans l’art. Parce l’art est multiple, il est le reflet d’autant d’intelligences. C’est sans doute un lieu commun. Néanmoins il est bon de se rappeler qu’une sculpture ne vaut pas mieux qu’une peinture, et une photo d’art qu’un long métrage.
C’est pourquoi la collaboration professionnelle est une donnée essentielle du progrès et de la performance. Personne ne doit être oublié dans une chaîne. Un chef ne peut en aucune manière négliger un de ses collaborateurs ou associés comme force de proposition. Un collège varié vaut toujours mieux qu’une oligarchie et l’intelligence véritable est celle qui autorise l’union des différentes intelligences. En d’autres termes, la ségrégation dans  l’appréciation de l’intelligence serait selon toute vraisemblance, une erreur.

  1. La mal-mesure de l’homme de Stephan Jay Gould ed. Odile Jacob

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