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De la notation des élèves (suite)

J’ai tenté dans un précédent billet de poser les jalons de ma réflexion sur l’hypothèse  d’une suppression du système de notation, en primaire ou au collège. J’ai tenté de confronter mes ressentis avec  ceux des « spécialistes de l’éducation » que sont en principe les instituteurs. Pour cela je suis allé posé quelques mots et cliquer quelques fois, sur le blog de M. Brighelli, qui a écrit entre autre un livre intitulé « la fabrique du crétin ». J’ai pu apprécier cet essai, même si je ne suis pas totalement convaincu.
Je me suis fait traiter assez rapidement « d’immonde connard » (sic). Je dois reconnaître que j’ai été un peu maladroit dans mes arguments. Mais ne disposant que de quelques minutes pour me faire entendre, le risque existait. Je ne m’étends pas sur l’impression intime qui s’est dégagée de ces échanges que je n’ai finalement pas appréciés comme je l’aurais souhaité. J’ai en revanche, acquis une impression tenace, que ces gens risquent d’être sclérosés dans leurs habitudes, qui deviendraient alors des certitudes, ouvrant de fait le chemin d’un comportement psychotique inquiétant. Je précise immédiatement que mon point de vue ici n’implique personne d’autre dans ce corps de métier dans lequel la diversité et le talent sont évidents.

Je suis convaincu dès à présent que la fraction représentative (non valide statistiquement je précise) des instits ou profs qui traînaient là bas, sont les dignes successeurs des Jésuites. Et que cela justifierait alors pour une bonne part, que le politique ou le citoyen impliqué ,veuille réformer en profondeur le système actuel de l’éducation des jeunes enfants.
Je vous parle des Jésuites car si on suit la thèse de Vincent Troger dans SciencesHumaines.com : C’est au XVIIe siècle que les Jésuites ont  » généralisé dans leurs collèges la pratique de la note (au départ de 1 à 6) et du classement des élèves. Il s’agissait alors pour eux de former les élites intellectuelles chargées de lutter contre le protestantisme. Leur préoccupation était donc la distinction des meilleurs et non l’instruction de tous. En créant les lycées sur le modèle des collèges jésuites pour former les élites de l’État, Napoléon Ier a maintenu cette culture de classement et de sélection. À l’école primaire, c’est la IIIe République qui, en voulant concurrencer les rituels catholiques, a donné un caractère très solennel aux classements : compositions mensuelles, tableaux d’honneur et d’excellence, remise des prix de fin d’année. »
Le concept de la notation aurait donc une histoire assez lourde, qui ne serait pas en adéquation avec deux notions essentielles. La première serait celle de l’expérience profitable qui commence à s’imposer partout dans les sociétés dites évoluées (même si cela se fait au rythme de la nature, c’est à dire très lentement). C’est à dire que les décideurs font en sorte de développer des systèmes qui dans leurs applications profiteraient à toute la société dans une dynamique progressiste. Le système de la notation en ce sens semble obsolète puisque son fondement n’était pas inspiré par ce postulat. La seconde notion, serait celle de l’adaptation. Une loi primordiale de la vie, mais que ne semblent  pas vouloir embrasser les intervenants auxquels j’ai eu affaire pendant ces quelques minutes d’échanges sur le blog cité ci-dessus. Ainsi, la notation plaît aux notateurs, mais sans doute moins aux élèves. Or, si l’on souhaite améliorer globalement le succès de l’apprentissage, il semble raisonnable de s’attacher davantage aux conséquences chez les élèves, qu’à l’inconfort généré par ce changement chez les professeurs.

[images_mini_gallery width= »200″ height= »150″]https://raoulburdet.fr/wp-content/uploads/2010/12/notation_suite-origine.jpg[/images_mini_gallery] C’est finalement le moment de se rendre compte de ce que devrait être un professeur. Du moins du point de vue d’un ancien élève, et d’un nouveau parent. Un professeur 1 est un outil dans le processus vital d’apprentissage des jeunes enfants. Ce n’est pas lui, car il est impliqué, souvent passionné, qui a droit au qualificatif d’expert en éducation. Sans être péjoratif, un professeur est un ouvrier de l’éducation. Les grandes lignes de la pédagogie devraient être plutôt du ressort du politique. Ce n’est certes pas la panacée, car le politique est assez versatile, néanmoins il est tout aussi responsable qu’un instituteur.
Les profs répètent souvent leur cours, d’une année à l’autre. Ils ont de multiples contraintes dans leur noble métier. C’est pourquoi il est nécessaire qu’ils puissent se détacher de la gestion globale du processus éducatif. Ils ne peuvent tout simplement pas tout faire. Le fait que ce soit un politique qui dicte la doctrine n’exclue pas bien entendu qu’il consulte abondamment, auprès d’ex-professeurs, voire pourquoi pas auprès de leurs représentants en activité, et cela n’exclue pas non plus qu’un professeur puisse moduler la doctrine en fonction de ses classes.

L’éducation est l’affaire du citoyen. L’exécution de la doctrine choisie (et évolutive par essence) est celle des professeurs. La notation n’est pas leur propriété, quel que soit le bénéfice qu’ils retirent de son application. La notation, et l’évaluation sont des notions d’un autre temps et il  serait vraisemblablement intéressant de tenter autre chose même si cela a un coût évident. Malgré l’impression qu’ont  les anciens, « avant c’était mieux », est un comportement classique en société, que l’on retrouve régulièrement partout dans tous les corps de métiers, et qui ne justifie pas une position inébranlable sur la question 2.
Certains professeurs n’hésitent plus à qualifier leurs élèves d’abrutis, d’ignares voire de monstres (on a bien tenté de me le montrer lorsque je prétendais qu’un enfant sait toujours exploiter le meilleur d’une situation, à la condition qu’il ne soit pas corrompu par un comportement d’adulte névrosé – ou non). Dans cet esprit, personne ne peut exiger d’eux une imagination sans limite de l’éducation, ou de l’évolution de leur métier. Un professeur maçonne la maison, mais ne découvre pas de nouveaux territoires.

  1. Professeur est ici employé au sens large, et donc comprends éducateurs, instituteurs et professeurs.
  2. Surtout qu’avant, on mettait du calva dans les biberons des nourrissons afin qu’ils dorment, on faisait de la réclame (exemple) vantant les mérites de la bière pour les mamans qui allaitaient, on punissait physiquement les élèves …

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