Logique de crise

Une dépêche AFP de fin novembre 2010 est passée quasiment inaperçue. Pourtant, elle révèle un comportement individuel qui autorise un plein d’espoir pour l’avenir. A moins que son impact modeste en France ne soit pour nous l’inverse, un avenir sombre et corrompu. Je m’explique.

Aux États-Unis, quarante-cinq millionnaires ont lancé une pétition et demandent à l’administration centrale de les taxer davantage afin de préserver la « santé fiscale de la nation ». Ils demandent ainsi l’abandon d’allègements fiscaux accordés depuis 2001 aux contribuables américains dont les revenus annuels excèdent le million de dollars. Imaginez-vous la même chose en France. C’est impossible.
La France, pays pourtant épris d’égalité, préfère s’enfermer dans une logique de renoncement et de frustrations, lorsqu’elle constate tous les jours l’absurde fonctionnement financier de notre système. Le citoyen classique, celui qui possède peu, préfère se serrer la ceinture, courber l’échine, pendant que les banques qui ont généré  la crise majeure que nous traversons, se remboursent avec nos impôts. Pendant ce temps, la classe supérieure, celle qui  détient et entretient 90% de la richesse nationale, continue de profiter de ses plus-values à l’abri de tous, puisque les revenus sont quasiment chose secrète dans notre pays et que le gouvernement voue aux gémonies ces acteurs dorés.
Au Etats-Unis, personne n’a honte de ce qu’il gagne. Et bien que l’administration Bush ait sur-protégé leur caste, ces millionnaires nous donnent une bonne leçon.

Dans le temple du capitalisme libéral, l’individu semble conserver la notion du raisonnable. Il ne pense pas qu’à lui ou à son argent, mais se positionne dans un fonctionnement global. Cela ne manque pas de piquant lorsque l’on sait que contrairement à la France, les USA fonctionnent sur le  principe économique de la bascule entre ceux qui ont peu ou rien, et ceux qui possèdent beaucoup. Un système fondé sur l’inégalité, et le potentiel d’enrichissement que constitue le fossé entre les pauvres et les riches. Et bien même dans un tel système, des individus ont encore cette raison qui montre que lorsqu’on accumule dans un grenier quantité de grains pendant que le reste du village meurt de faim, on s’expose à des risques majeurs.enrichissement

Cet appel aurait donc dû avoir en France une écoute particulière. Dans notre pays, l’argent abondant pour peu de personnes est un concept qui passe mal. Nous aimons la répartition de la richesse. Nous encensons notre système de couverture sociale tandis qu’outre Atlantique on ne comprend pas un tel fonctionnement. Ainsi, un groupe de millionnaires, dans le pays du bouclier fiscal, qui réclame une hausse d’impôts, cela devrait chanter à nos oreilles.
Au lieu de cela, nous n’avons rien, à part des beuglements à propos de révélations de WikiLeaks soit disant croustillantes,  sur ce qui n’est en définitive que des dialogues entres hommes, fussent-ils influents ou décideurs politiques. Notre pays est apathique, et ne s’intéresse qu’à l’illusion ou l’éphémère. Cela rejoint la tendance que nous avions connue récemment lors des grèves massives, pendant lesquelles des étudiants manifestaient contre la réforme des retraites, et on entendait ici et là, clamer leur idiotie à s’occuper de choses dont ils ne pouvaient pas comprendre le sens puisqu’ils ne travaillaient pas encore. C’est cela l’apathie, c’est à ce moment là que la république que nous aimons est en danger. Lorsque les anciens traitent d’idiots ceux qui s’inquiètent de leur avenir, et à qui on ne demande rien ou presque.

La contestation devient alors floue. Les objectifs pour lesquels nous espérons voir nos idées triompher s’estompent. Sommes-nous une démocratie vieillissante ? Ce ne peut-être  que la faute des citoyens, bien entendu, mais surtout des leaders actuels, qui ignorent tout de ce que ressent le peuple de France, car ils ne  jurent que par la comptabilité et l’efficacité. Nous serions tenté spourtant d’oublier cette tendance, ensaqués que nous sommes dans notre quotidien et prompts à espérer, mais une simple dépêche de presse et le peu de conséquences que cela engendre, nous obligent à réaliser à quel point nous sommes las de notre liberté.

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