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De la notation des élèves

Allons-nous conserver notre système de notation scolaire ou passer à autre chose ? Ce débat actuel divise autant qu’il est complexe. J’imagine qu’il n’y a pas de solution miracle. Le niveau scolaire en France s’il n’est pas calamiteux (pourquoi le serait-il alors que l’on cultive une société où certains gagnent 300 fois plus que d’autres), n’est sans doute pas formidable. Il y a certainement à faire, et dans ce passionnant débat, les points de vues s’opposent rapidement,  certains ont ainsi leurs idées bien arrêtées.

Pour ma part, je suis partagé, et rongé par le doute. J’envie ceux qui le sont moins, voire pas du tout.
J’ai été tantôt très bon élève, tantôt mauvais élève. Et le niveau d’étude n’avait rien à voir puisque je fus par exemple meilleur élève en supérieur qu’en secondaire, et meilleur élève en primaire qu’en secondaire.  Et je crois pouvoir dire quelles impressions j’avais du système de notation à la française.
Je me souviens en autre, des multiples fois où le prof passait lentement dans les rangs pour remettre des copies classées du plus méritant au pire. Je me souviens d’un cœur bondissant à chaque nom qui n’était pas le mien, d’un rythme cardiaque qui s’accélérait (on retrouve la notion de sportif qui plaît au apôtre de l’élitisme) au fil des minutes.
Finalement je l’avais ma copie. Tel un torchon oublié au fond d’un obscur caniveau. Je l’avais ma note. Point de commentaire en revanche. Simplement l’immense sensation d’être parfaitement inutile. D’être ridicule par rapport à mes camarades.
Que pensez-vous que je fis de retour à la maison ? Prendre immédiatement le livre de la matière qui fit défaut ? Que nenni. Je fis tout à fait autre chose, afin surtout de ne plus penser à ces moments cauchemardesques. Quel impact cela a t-il pu avoir sur ma personnalité, je ne le sais pas précisément. En revanche ce qui est certain c’est que je peux remercier le hasard de m’avoir conféré un caractère indépendant et optimiste.

Education

Beau succès la notation. Très instructif. Tout à fait optimal comme résultat. Et je n’était qu’un élève lambda. Des enfants comme moi il y en avait plein, et d’autres encore. Pourtant le prof agissait toujours de la même manière. Comment pouvait-il faire autrement, lui qui n’a qu’un cerveau qui sert à la fois à s’occuper des autres et de lui même ? Quelle garde-fou existe t-il entre les tourments d’une personne qui note, même si cela reste un exercice factuel et purement technique, et un élève qui reçoit cette note ? Aucun ! Quelles incidences pourrait avoir un système scolaire dans lequel les enfants sont mis en compétition ? On entend alors, qu’il vaut mieux une notation simple comme celle qui existe, plutôt que de multiples critères qui catégoriseraient l’élève à tout jamais. Sans doute, mais entre ces deux maux, il doit bien exister quelque chose d’autre.

Pourtant la notation en elle même n’est pas un problème. Ce qui l’est, c’est la manière dont les notes sont exploitées par le corps enseignant. C’est ce même corps, très hétérogène, qui tente d’imposer à tant d’élèves différents, un système de valeur et de classement unique. Cela ne peut pas fonctionner. Les résultats seront obtenus avec nécessairement beaucoup de pertes. Des élèves dont les talents seraient oubliés, ou en tous cas peu mis en valeur. Comment les professeurs pourraient-ils remplir avec succès cette mission d’ailleurs ? Il n’en n’ont tout simplement ni les moyens, ni le temps.

Ce que j’ai tenté de résumer ici, ce sont tout simplement les mécanismes de l’esclavage. C’est ainsi que l’on réduit l’homme a ce que vous voudriez qu’il soit, par l’usage de la soumission, par l’exploitation du résultat et par la systématisation de la comparaison. Je conçois que ce point de vue pourrait être inacceptable pour beaucoup puisqu’il est admit que l’école ne sert qu’à l’apprentissage. Toutefois, si un homme sait transformer l’insignifiant en art génial,  n’importe quoi de bien que vous confierez à un autre homme, peut devenir tout à fait autre chose. C’est peut-être ce qu’il se passait ou se passe encore sur les bancs d’écoliers.
Il faut au moins admettre qu’il y a sans doute beaucoup à apprendre également pour ceux qui sont en charge de l’éducation. Vous voulez la notation ? Fort bien, dans ce cas acceptez et systématisez la réciprocité de l’appréciation. Les élèves pourraient alors noter leurs professeurs. Le débat dont on parle n’est pas que technique je le crains.

Commentaires

Raoul
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On me dit que j’amalgame sans doute notation et humiliation. Il est vrai que c’est mon postulat de départ d’une expérience somme toute limitée (puisque c’est la mienne).
Toutefois j’insiste sur le facteur humain et donc soumis à l’interprétation libre, du système d’évaluation par la note.

Une piste, parmi tant d’autres.

Raoul
Répondre

Et cet article toujours par le même magazine, qui révèle assez nettement que le problème des notes provient surtout du notateur.

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