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Clameur et réalité

Je discutais hier avec un groupe de collègues dont l’un d’eux affirmait avec vigueur l’existence d’un vent de révolte soufflant au sein de la population de France. Je n’étais pas aussi affirmatif que lui. Ce fut l’objet d’un échange assez vif, car passionné, et lui de dire que je devais vivre dans une grotte pour ignorer cela.
L’occasion était donc belle de me justifier quelque peu sur des hypothétiques origines d’une déprime sociale.

Je lui accordais bien qu’en effet, depuis quelques temps on entend un clameur. Enfin, on lit une clameur plus exactement. Et c’est important de le préciser, car on le lit sur les réseaux sociaux. Alors précisément, parlons-en si tu le veux bien, car cela me fait penser à trois torrents. Trois torrents qui se rejoignent et forment la rivière de la clameur. Pardonnez-moi, je ne voudrais pas non plus faire une thèse sur ce sujet, mais si je pouvais bénéficier de votre indulgence pour mes raccourcis, ce serait chouette.

Le premier élément, c’est qu’en France, la tradition impérialiste sans doute, il n’est jamais légitime pour les socialistes d’être aux affaires. Du moins dès le lendemain des élections. En effet, nous nous souvenons tous qu’en 1981 certains attendaient les chars Soviétiques place de la Bastille.

Le second élément, c’est que nous sommes dans une période de transition capitaliste, ou une période de crise. Comme vous préférez.
Cette crise on nous rabat les oreilles avec ça, du matin jusqu’au soir. Parfois même la nuit.
Toutefois, nous nous accordons à dire que c’est plutôt une crise financière. Et nous citoyens, nous ne sommes pas spécialement touchés par cette crise, en tous cas pas dans les salaires que l’on touche (pas encore), ni dans les allocations que nous recevons. Sans doute cela a un impact sur l’embauche, et il y a un risque de déflation.
Les seuls résultats concrets, les fonctionnaires le savent bien, c’est la baisse des prétentions en équipement de l’état (mais pas de ses exigences, cela ne vous aura pas échappé).

Un corollaire immédiat à cette crise, est la montée du populisme, sous toute ses formes. Et les tensions sociales actuelles sont très largement alimentée par la montée des extrêmes. Ce n’est pas une nouveauté, cela se passe toujours ainsi. Mais aujourd’hui nous avons un phénomène nouveau : les extrêmes se rejoignent.

C’est à dire que les communistes n’étant plus de ce monde, tout le monde se retrouve vers le seul courant populiste disponible, le Front National pour ne pas le citer. Alors il ne s’agit pas ici de disserter sur le bien fondé ou le programme du FN, soyons clairs. Mais de constater un fait.
Et vous le savez, lorsque les extrêmes se rejoignent, la catastrophe n’est jamais très loin. En tous cas c’est ce que nous apprennent les livres d’histoire.

Le troisième élément enfin, ce serait les réseaux sociaux. Outil fantastique, c’est aussi un trompe l’œil. En ce sens, les tourments, les colères, ou les frustrations trouvent naturellement un exutoire pratique. Pratique, car on peut anonymement s’exprimer. Pratique car on peut s’exprimer dès que l’envie se fait sentir. Pratique enfin, car le monde réticulaire (celui des réseaux électroniques) donne l’illusion de l’action, tandis que rien n’est fait.

Vous rassemblez ces trois éléments, une crise économique, un pouvoir politique en quête d’idéal, un cyber monde refuge de toutes les passions, et vous obtenez une société que se sent malade, en crise, perdue, déprimée, en colère.

Là-dessus vous saupoudrez d’ultra consommation, d’ultra médiatisation, et d’un ordre religieux en berne, et cela donne ce que tu décris.

La société actuelle n’est pas pire que celles d’avant, et ne sera pas pire que les suivantes. C’est notre temps, cela ne va pas si mal que ça au regard des statistiques de mortalité, de maladie, de faim ,d’accès à l’eau, à l’énergie etc.
Nous ne sommes plus au moyen-âge et pas encore dans un futur plongé dans la béatitude d’un bonheur permanent.

Ainsi non, ne pas être prédicateur des fléaux de l’humanité, ce n’est pas vivre dans une grotte. Le mieux je crois c’est d’être parfaitement lucide et d’avoir du bon sens. Ce qui manque parfois singulièrement, à mon très humble point de vue.

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