La démocratie directe, une bonne idée ?

C’est une idée déjà appliquée par moment, très tentante, mais qui pose un certain nombre de problèmes. Ce billet est une capture d’une discussion, animée, à propos des solutions démocratiques qui pourraient exister en France, réponses peut-être au mal être ambiant actuel. Du moins pour une fraction de citoyens. 

Afin d’appliquer une forme de démocratie directe, nous pourrions choisir le tirage au sort parmi les citoyens. C’est une option qui a été choisie dans des groupes organisés, tels des entreprises, privées ou publiques. Mais l’expérience montre que cela ne fonctionne pas, car en terme de représentativité, il y a des prérequis. Il y a également la notion de disponibilité.

Le tirage au sort ne fonctionnant pas, nous avons choisi l’élection. Ce qui intellectuellement revient quasiment au même. Pratiquement pas tout à fait toutefois, car vous avez une notion de personne donc de caractère, avec toute l’instabilité que cela sous-entend, et ici-bas aucun être humain ne peut garantir au long d’un mandat d’être exactement représentatif d’un groupe fatalement hétérogène.
De plus la notion de représentation est modérée par le rapport avec le temps de la société. Ce rapport évolue. Aujourd’hui par exemple nous sommes dans l’instantanéité. Sans doute quelque chose comme la génération zapping, bien que ce soit réducteur.
Nos moyens de communications contribuent également à ce culte de l’instant. Ici sur Mediapart, et ailleurs sans doute, nous voulons des réformes tout de suite. Il ne nous vient jamais  à l’esprit, que le travail s’exprime dans le temps, qu’une société se réforme dans la durée et parfois de manière imperceptible pour l’observateur, qui oublie que son propre temps de vie n’est pas comparable au temps d’une société.
Nous exprimons rapidement un ras-le-bol, ce qui n’est pas absurde, mais qui ne correspond pas à la réalité pour laquelle les représentants travaillent : le temps de la société. Nous l’exprimons d’autant plus aisément que des moyens nous sont donnés. Hélas, ce ne sont que des moyens commerciaux, utiles indiscutablement, mais calibrés sur un temps très court. Nous précipitons ainsi la réflexion et nos ressentis vers ce temps compressé, qui est le temps du business, mais également celui qui accompagne un peuple qui tend à perdre de vue l’essentiel, et qui se reporte sur des constructions secondaires, comme l’attachement ethnique, religieux ou tout simplement clanique.

En ce sens, je m’exprime selon un dogme pour un groupe vers lequel je m’identifie. Je le fais dans un temps que ne correspond ni à la nécessité, ni à la réalité. Mais je le fais car je n’ai plus confiance.

C’est tout le problème. Et c’est ce qu’un leader saura faire : trouver la bonne alchimie entre la confiance, et la réalité de gestion des dossiers. En ce sens, la démocratie trouve ses limites. Limites que l’on peut repousser avec la confiance. Mais pour cela il faut beaucoup de conditions favorables réunies pour que cela fonctionne.

Aujourd’hui, la notion collective s’efface pour ne laisser place qu’à l’individualisme. Cela se ressent au quotidien autour de nous, mais également dans toutes les strates de fonctionnement de notre société. Le représentant politique, plutôt que de représenter, s’enrichi ou trahi la confiance par manque de courage. L’individu refuse de sacrifier ses envies au profit d’une cause plus large qui ne le concernerait pas directement, l’électeur vote pour un résultat dès le lendemain, sans se douter que son mandat tient sur une durée déterminée, voire au-delà si l’on considère la réalité de fonctionnement des travaux.

Bref, je m’arrête, je pourrais continuer des heures ainsi. Tout ça pour dire, que la démocratie directe, ce n’est pas évident. 🙂

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1 commentaires On La démocratie directe, une bonne idée ?

  • On me fait remarquer sur Twitter, que la démocratie directe n’a rien à voir avec la représentation. En effet, c’est un des fondements.
    Si l’on se réfère à la définition du Larousse, la démocratie directe est un système politique, une forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple. Si l’on considère maintenant cette définition au niveau d’un groupe, on parle davantage d’un système de rapports établis, où il est tenu compte, aux divers niveaux hiérarchiques, des avis de ceux qui ont à exécuter les tâches commandées.

    Mon postulat de départ de ce billet, qui s’inscrivait dans une conversation, était donc de considérer une expérience particulière. En l’occurrence je songeais à ce qui avait été fait dans le domaine de la concertation dans un corps de métier. Spécialement au sein de la gendarmerie nationale, qui fait office de précurseur en la matière, en France au moins.

    Dans ce corps de métier en effet, il fut préalablement choisi le tirage au sort, au sein de la population des militaires. Ce choix que l’on retrouve dans la conception de démocratie directe, n’a pas résisté à l’épreuve du temps, principalement dans la crédibilité de la représentation.
    Dans cet exemple, il s’est avéré nécessaire d’ajouter une légitimité dans la représentation. Cette dernière bien entendu devait être cadrée, en conservant une fraction de tirage au sort, afin de ne pas risquer une perversion du système, mais en soumettant le choix de la population par des votes.

    Je ne vais pas ici entrer dans le détail, mais ce qui a été construit fut le fruit de nombreuses réflexions, tant au niveau des décideurs que des subordonnés, via l’activation par exemple de groupes de travail.

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