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Faut-il croire en Dieu et sinon en quoi ?

Il y a quelques jours j’ai eu l’opportunité de discuter, de tout et de rien, avec un aumônier protestant. Confiant et passionné par sa tâche, son entrain trouvait naturellement un obstacle avec mes doutes en ce qui concerne les religions. Toutes les religions. Ce n’est sans doute pas l’endroit pour engager une conversation de convictions, néanmoins au fil de la conversation, nous étions plusieurs, l’un des intervenants fini par me poser la question cadre : mais alors, en quoi crois-tu ?

Je ne suis pas certain qu’il faille a tout prix croire en quelque chose. Néanmoins, quitte à embrasser des idéaux, pourquoi ne pas proposer autre chose que de quelque chose de supérieur à l’homme ? Croire simplement en l’homme ce n’est pas si mal. Certes l’esprit de la Chrétienté n’est pas autre chose. Pourtant, et personne ne l’ignore, l’interprétation humaine qui est faite des textes, donne significativement autre chose. Et demander à un homme de croire en son prochain, n’a jamais été quelque chose d’évident, sans quoi je pense qu’aujourd’hui nous baignerons tous dans un environnement paisible et voluptueux. Ce n’est pas le cas.
Croire en l’homme est donc un bon début. Placer l’homme au centre de tout. Ce que chaque politique devrait s’engager à faire d’ailleurs. Ce que chaque décisionnaire devrait considérer. Ce que chacun d’entre nous devrions envisager le matin en nous levant. Je ne crois pas qu’en la matière ce soit un succès, même si l’exploit individuel, ici et là, laisse encore des espoirs.

Adapter notre comportement pour le plus grand bien des autres est un vœux pieux, pire encore, c’est contraire à notre logique humaine. Probablement que cela nous écarterait pourtant franchement de nos cousins bipèdes à poils, que l’on appelle singes, mais je dois bien reconnaître que je n’échappe pas à cette règle, et que les efforts sont considérables pour parvenir au début d’une esquisse de réussite.

Pourtant si croire en l’homme est un bon début, ce n’est pas une réponse qui me satisfait. L’homme c’est bien, mais ça n’est pas tout. Nous devons en effet admettre que dans ce bas monde, pas mal de choses nous échappent, et que nos efforts quotidiens n’assurent que notre survie, parfois selon un mode qui se rapproche du miracle.
Nous y arrivons, à survivre, mais selon quelles conditions, et surtout est-ce équitablement distribué entre tous les hommes ?
Croire en l’homme n’est donc pas une réponse acceptable.

C’est en discutant avec un autre ami, le même jour, que j’ai pu mettre un mot sur mon ressenti. Un mot sur le commencement d’une réponse à cette question qui anime ce papier : en quoi je crois.
Mon ami donc, me dit assez brutalement au cours d’une conversation sympathique, de toutes manières, je ne crois pas au hasard. Le destin, la fatalité, il n’y a pas, ça se maîtrise, et souvent ce qui nous arrive, ne dépend que de nous.
J’avoue que sur le coup je n’avais pas répondu. Cependant, très rapidement à la vue de ma mine contrariée, il m’interroge. Comment, tu ne penses pas ? Je lui dis que non, et même franchement pas. Je pense tout le contraire même. Je pense que moi qui suis agnostique, non seulement je pense que les événements qui bousculent les hommes n’ont pas nécessairement une raison, mais qu’en définitive, la seule chose qui est un sens dans la vie, c’est le chaos.
Nous sommes ainsi régis par le chaos, et toutes nos actions, nos pensées, ne sont là que pour tenter de l’organiser un minimum. Nous pouvons certes par notre volonté, influer, sur nos vies ou nos actions du lendemain. Mais si peu. Et moi de lui dire, tu sais, toi qui connais bien le monde du cheval, et particulièrement ceux qui le dimanche matin se baladent dans leur village, tu pourrais te rendre compte qu’entre la petite histoire dominicale sympa, ma femme a fait une balade tranquille à cheval, elle a juste croisé à un moment un camion qui passait par là, et le drame absolu, ma femme a fait une balade à cheval mais un camion est passé, son cheval s’est cabré, elle est tombé et le camion lui a roulé dessus … il n’y a rien qu’une fraction de seconde de différence !

Un rien de différence, un total bouleversement d’une vie. Et de tels exemples, il y a en a des millions. La fraction de seconde différenciée, qui n’appartient à rien, à personne, mais simplement au chaos.
Pourquoi alors vouloir trouver une origine aux choses, et spécialement aux drames ? Tout n’a pas d’explication, les horreurs qui bousculent nos vies n’ont pas davantage de raison particulière d’être. Elles pourraient survenir, ou non.

Ainsi, je crois qu’un début de réponse possible à la croyance, serait celle du chaos. Mais comment placer l’homme alors dans cette théorie ? Et bien partout. L’homme redevient au centre des choses. Les différences qui nous caractérisent sont autant de singularités qui nous rend donc uniques et tellement précieux, et s’inscrivent alors dans ce chaos.
Nous sommes si peu de choses, et à la fois, tout ce qui nous entoure. On imagine mal alors, placer notre destin dans les mains de gourous qui nous promettent la vie éternelle. L’éternité, la seule qui puisse être acceptable est dans le bonheur de vivre l’instant présent.

Commentaires

Bombled Christophe
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Intéressant, peut-être y a t’il derrière ta vision des choses, que tu appelles le chaos, ce que les bouddhistes nomment « la vraie nature des phénomènes » à savoir l’impermanence et l’interdépendance de toute chose ( ceci est parce cela est). C’est ce que l’on nomme mal : la vacuité. Cela peut paraître abscons au premier abord, mais en fait c’est assez simple, je pense. Par exemple : pour fabriquer le pain que l’on mange, il a fallu de l’eau, de la farine, et un boulanger. Pour faire de la farine il a fallu cultiver du blé et un paysan; Pour faire de la farine, il a fallu un moulin et de l’énergie pour le faire tourner. Pour faire un boulanger, il lui a fallu des parents, des enseignants. Etc… et l’on peut remonter très loin. Tu enlèves un seul de ces éléments et le pain que tu vas manger, n’existe pas. Et ce pain est impermanent, car tu vas le manger et il est interdépendant car il va te donner de l’énergie pour faire telle ou telle chose…bref tout est lié; Les phénomènes vont et viennent et leur disparition est le terreau de nouveaux phénomènes.

Raoul
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Effectivement il y a quelque chose d’approchant. Toutefois dans l’idée que je me fais, pour l’instant, du chaos, les choses se font, mais pourraient tout aussi bien ne pas se faire.
En d’autres termes, entre le moment où ce qu’il se passe se déroule impeccablement, et le moment où ce qu’il se passe est une catastrophe (ou ne donne rien, tout simplement- car après tout, ce qui n’est pas un succès, n’est pas nécessairement un événement tragique), il n’y a comme intervalle que celui du chaos. Et cet intervalle, que l’on pourrait appeler le facteur de réussite, ne dépend de rien ni de personne. C’est le pur hasard.
Pourtant, en effet, ce qui semble correspondre, c’est l’élément régulateur de ce hasard, qui pourrait être l’homme. Plus précisément l’intelligence de l’homme. Ce qui peut s’exprimer de différentes façons: un boulanger, un professeur, un paysan.

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