Questions sur le mariage homo

Article mis à jour le mercredi 05 décembre 2012

Ceux qui aujourd’hui réfutent absolument, on peut avoir ses idées, le mariage des homos, sont les mêmes que ceux qui refusaient aux femmes le droit de vote. De cette simple phrase lancée sur les réseaux sociaux, phrase naturellement incisive, j’ai pu m’opposer à d’autres convictions concernant le droit du mariage octroyé aux couples homosexuels.

Ce débat oppose probablement de prime abord les progressistes et les traditionnels. La notion même de cellule familiale est en jeu, et l’effort intellectuel afin de l’appréhender dans toute sa complexité est réel.
Bien évidemment ce n’est pas une affaire religieuse. En France, le mariage n’est pas l’affaire des chrétiens. Si un catholique convaincu me taxe de christianophobie, je ne peux qu’émettre une objection. Je n’ai en effet rien contre les chrétiens. Ils ont déjà suffisamment souffert. Tout comme je n’ai rien contre ceux qui sont différents. Je n’ai rien non plus contre l’atypique ou ce qui sort d’un dogme. En revanche je ne suis pas pour l’exclusion, l’indexation des hommes, la suprématie de l’un par rapport à l’autre, pour ainsi dire, je préfère que les droits soient les mêmes pour tous.

La vie n’a pas vocation à être limitée. C’est absurde.

Quoiqu’il en soit s’il y a un ordre dans les choses, comme on entend souvent actuellement, je ne suis pas inquiet, l’ordonnancement se fera de toutes manières. En ce sens je ne suis pas certain qu’aucun homme ici-bas puisse se prévaloir d’en connaître le sens, ou pire encore, ne puisse se donner l’occasion de dominer son prochain en lui indiquant le bon chemin.

Comme si la nature attendait quoique ce soit de l’humanité.

En attendant dans ce débat de société, que je trouve tout de même assez complexe car il y a beaucoup de sensibilités, il est bon que tous puissent s’exprimer. Mais en respectant les différences. Réfuter des droits à une fraction de la population, ce n’est pas respecter ces femmes et ces hommes qui la composent.

Face à cela, la peur peut s’installer. Pourquoi faire passer en force une telle loi pour une fraction de population qui manifesterait plus fort que les autres. À ceci près que cette loi ne peut pas passer en force, puisque cela concerne tout le monde. Pour ma part, je ne considère pas que cette loi soit du communautarisme. S’il y a récupération c’est sans doute davantage par ceux qui se sentent exclus. II est bon régulièrement que des avancées soient faites en société. Sans quoi je crois que ce n’est plus la peine de se lever le matin.
En ce sens, et cela a toujours été ma position, couples typiques ou atypiques, les mêmes droits pour tous. Il s’agit bien là d’une affaire républicaine plus que religieuse. Si les hommes de robe souhaitent conserver leurs traditions, ou leurs dogmes, grand bien leur fasse. Ils ont également ce droit.
Maintenant, entre choisir de croire en quelque chose, et être contraint de vivre différemment des autres parce que la société l’a décidé pour vous sans explorer toute la complexité de l’homme, il y a une différence de taille.

Les règles qui ont pu exister peuvent devenir obsolètes. Fort heureusement, l’homme de demain ne sera pas celui d’hier.

Bref, c’est compliqué. Mais ce qui est regrettable de voir qu’une partie de la population s’octroie le droit de confisquer les choix des autres sous prétextes de dogmes. Tout comme il est regrettable de créer de la christianophobie, de l’homophobie etc. etc.

Enfin, pour reprendre un des arguments lancé par ceux qui manifestent contre ce projet de loi, je ne comprends pas très bien dans quelle mesure ce que l’on donne à l’autre puisse nous retirer quoique ce soit.
Mon statut de père, de mari, je ne l’attends de personne. Je crois avoir les idées claires là-dessus, et encore ce ne sont que les miennes. Mais c’est déjà ça.
Ainsi, prétexter qu’une loi qui va modifier les perceptions classiques de la cellule familiale puisse être dangereuse ou spoliatrice n’a pour moi aucun sens, ou alors cela signifierait que ma propre identité ne dépend que des autres, ce que je ne crois pas.

Si l’église participe au débat, elle n’en a pas l’exclusivité. En effet, en quoi la notion de mariage est-elle une propriété de l’église ? En tous cas le débat dont on parle est un débat républicain qui aspire à proposer les mêmes droits á tous. La lecture faite ensuite, la récupération de la notion même du mariage n’est pas le sujet.  Si l’on considère, justement, que le mariage n’est pas la possession de l’église. Elle donne son avis, très bien. Quant à décider, qui que ce soit, et aujourd’hui encore que le mariage n’appartient qu’aux couples dits classiques de sexe différents, est une logique confiscatoire. C’est même ségrégationniste. Mais ça ne l’est pas du seul fait du hasard, mais bien par un héritage judéo-chrétien.
L’enjeu du mariage pour tous est énorme. C’est le première pierre à l’édifice fragile du respect des différences. C’est mettre un terme à l’eugénisme, à la ségrégation, au racismes, à tout ce qui fait que nous sommes complexes.
Cela mérite débat, sans aucun doute, mais cela nécessite d’ouvrir les perspectives. Ainsi lorsque j’entends que cela met en danger l’existence même de l’humanité, je suis consterné.
Ouvrir le champ des possibles, ce n’est pas mettre à mal tout le reste. Bien au contraire.

J’ai le sentiment, et je terminerais sur cela, que ceux qui souhaitent une avancée sociale dans ce domaine le font par souci d’égalité de droits, voire de simple liberté de vivre selon sa sensibilité, sans rien enlever aux autres si ce n’est leurs certitudes d’un autre temps. En revanche, j’ai l’impression que les contestataires le font soit par incompréhension, ce qui n’est pas dramatique, soit par peur, ce qui est en revanche regrettable. Mais la peur, vous le savez bien, a toujours été une stratégie adoptée par les religions afin de fidéliser leurs ouailles.

Le point de vue d’une ministre de la république (Mme Duflot) :
En inscrivant le mariage pour tous à l’ordre du jour du Parlement et en souhaitant accorder le droit à l’adoption aux personnes gays et lesbiennes, le gouvernement engage une évolution majeure. Une telle loi vise ni plus ni moins à sortir du régime de l’arbitraire et de la discrimination pour étendre la sphère de l’égalité des droits. L’histoire offre peu d’occasions de faire avancer de manière décisive les droits des individus. Lorsqu’elle le fait, chacun doit se prononcer en conscience. La gauche, fidèle à sa tradition d’émancipation, vient proposer un nouveau droit. Je suis fière d’appartenir à la majorité qui porte cette réforme : le mariage pour tous et partout. Parce qu’aucune des raisons évoquées contre elle ne tient la route si on l’examine avec rigueur intellectuelle et honnêteté. Tous les arguments sont connus, battus et rebattus depuis moult années. Ceux qui prétendent condamner le mariage pour tous sans condamner l’homosexualité sont incohérents. Ils doivent reconnaître qu’ils défendent au fond le maintien d’une discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, en réservant le mariage aux seuls hétérosexuels. Défendant cette position, ils doivent avoir conscience qu’ils frappent l’homosexualité d’illégitimité. Ils disent à nombre de personnes : «Votre vie est scandaleuse, immorale, choquante, contraire aux bonnes mœurs.» S’invitant dans la sphère privée de chacun, ils prétendent dessiner dans la sphère publique les frontières de l’égalité, en séparant le bon grain de l’ivraie.

[icon name= »sign-in » size= »small »] Je vous propose également de suivre l’intervention du député Alain Tourret, qui répondait aux représentants des différences religions en France. Eclairant.

 

[icon name= »sign-in » size= »small »] Enfin, voici le texte paru dans le quotidien Le Monde daté du 17 novembre 2012, d’Alain Godelier, anthropologue qui nous parle de la notion de mariage dans les organisations humaines. Maurice Godelier, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, est l’un des plus grands anthropologues français. Prix de l’Académie française, il a reçu la médaille d’or du CNRS en 2001 pour l’ensemble de son œuvre. Il est notamment l’auteur de Métamorphoses de la parenté (éd. Flammarion, 2010).

3 commentaires On Questions sur le mariage homo

  • Mise à jour de l’article, par deux fois, dont la dernière afin d’ajouter une vidéo et un texte.

  • Un point de vue intéressant de Témoignage Chrétien, publié sur le site Mediapart le 16 décembre 2012, jour de la manifestation nationale en faveur du mariage pour tous.

    Fondé à Lyon en 1941 dans la clandestinité, en résistance au nazisme, puis acteur de la décolonisation, Témoignage chrétien est un journal qui veut répondre à l’impératif spirituel de fraternité. C’est dans cet esprit qu’il prend position en faveur du mariage pour tous, par les voix de Jean-Pierre Mignard, son administrateur, et de Bernard Stéphan, son PDG.

    Déclaration de Témoignage chrétien à propos de la Loi sur le mariage pour tous et à l’occasion des manifestations du 16 décembre 2012 et du 13 janvier 2013

    L’homosexualité a été persécutée ou opprimée depuis de longs siècles. Or, il s’agit d’une orientation sexuelle aussi légitime et digne que l’hétérosexualité.

    Le mariage est un contrat choisi par des personnes plus libres et consentantes aujourd’hui qu’elles ne l’ont jamais été. C’est un contrat qui peut légalement se rompre, ou se renouveler. Des familles sont fondées hors mariage et 40 % d’enfants naissent hors mariage.

    Refuser ce contrat aux homosexuels serait rajouter une énième discrimination à celles dont ils ont été trop souvent l’objet. Voilà pourquoi nous considérons juste qu’il soit ouvert à celles et ceux qui veulent donner un cadre licite renforcé à leur union. Il appartiendra aux confessions de réfléchir au sens du mariage religieux mais ce serait une grave faute politique de dresser l’un contre l’autre. Rappelons enfin que les mêmes qui vantent les vertus de l’union civile aujourd’hui après avoir rejeté le PACS hier, souvent avec les mêmes mots, sont les premiers responsables d’une radicalité que leur fermeture aux libertés individuelles a générée. Espérons que la leçon servira.

    ► Nous ne croyons pas que le mariage pour tous dissoudra la société. Le divorce n’a pas fait disparaître le mariage. Un très grand nombre de divorcés se remarient. Si le mariage pour tous est un mode d’intégration supplémentaire dans la société, alors il n’y a pas lieu d’hésiter.

    ► Nous considérons que le projet de loi actuel constitue une avancée réelle. Nous distinguons la conjugalité, la parentalité et la filiation. Le droit de tout enfant à connaitre ses origines et sa filiation est un droit essentiel, sauf par impossibilité ou cas de force majeure de nature pathologique.

    Enfin, nous demandons à tous d’ouvrir les yeux sur une réalité qui est la solitude de millions de personnes, dans des situations de dénuement matériel, affectif et psychologique parfois terrible. Plutôt que de s’interroger abstraitement sur les prétendus désordres anthropologiques d’une ouverture du mariage à une partie forcement réduite de la population, ne ferait-on pas mieux de mettre tous nos efforts sur le désordre anthropologique, bien réel cette fois, d’une société dont les formes de consommation, de production et de partage sont si peu respectueuses de la personne humaine et de sa dignité ?

    L’humanité grandit quand les citoyens refusent de sacraliser les liens du sang et donnent la priorité aux liens de fraternité qui les unissent. Ainsi ce qui les relie, y compris au sein des familles, procède de l’adoption. Le Christ sur la croix disait à Jean « Jean, voici ta mère » et à sa mère « Femme, voici ton fils ». Ce n’est pas la parenté biologique, ce ne sont pas les liens du sang qui font de nous des frères et des soeurs. Notre ADN unique et commun, c’est un amour fraternel qui repousse toujours plus loin les frontières de nos préjugés et de nos peurs.

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    Fondé à Lyon en 1941 dans la clandestinité, en résistance au nazisme, Témoignage chrétien est un journal qui veut répondre à l’impératif spirituel de fraternité. Acteur de la décolonisation, engagé dans les mouvements de société, résolument fidèle au Concile Vatican II et à sa vision oecuménique, attaché à la laïcité, il veut témoigner de ce qui, dans l’événement, fait ou défait l’humain.

    Il est un espace ouvert à toute personne, quelle que soit sa confession, juive, chrétienne, musulmane… croyante, agnostique ou athée, qui souhaite traduire en acte sa réponse à l’interrogation biblique : « Qu’as-tu fait de ton frère ? ».

    A partir de janvier prochain, Témoignage chrétien se déclinera sous trois supports complémentaires : un site Internet, un quatre pages format journal hebdomadaire et un supplément mensuel de 100 pages vendu par abonnement et en librairie.

    Le premier numéro du supplément mensuel paraîtra le 24 janvier.

  • A quelques jours du débat à l’Assemblée, où en sommes-nous et de quoi s’agit-il vraiment?

    Fondé sur la recherche de l’effectivité du principe d’égalité, le projet de loi autorise le mariage entre deux personnes de même sexe résidant en France. Il permet la reconnaissance des mariages entre deux personnes de même sexe célébrés à l’étranger avant l’entrée en vigueur de la loi.

    Bien que ne modifiant pas le régime juridique actuel du mariage ou de la filiation adoptive le texte comporte des adaptations notamment pour la détermination du nom de l’enfant adopté.

    De plus, le texte prévoit que lorsque cela est strictement nécessaire les mots « père et mère » sont remplacés par le mot « parent » et les mots « mari et femme » par le mot « époux » dans les différents codes.

    -> Le projet de loi in extenso

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