Faut-il éviter Halloween en France?

Vous connaissez sans doute bien l’argument classique qui vous est servi à l’approche de la fin du mois d’octobre.  « Ah non, Halloween c’est hors de question ! Cette fête commerciale venue des USA n’y pensez pas, ce n’est pas notre culture ! »  Halloween, c’est sans doute le cas chez vous, c’est peut-être un moment rigolo pour les enfants, mais vous ne pouvez le faire qu’à la maison, de peur de passer pour quelqu’un de corruptible, pire, de pro-américain ! Horreur, nous descendants des Gaulois !

Pourtant, vous pourriez dire à vos détracteurs, qu’il se peut qu’ils fassent fausse route. Ce qui est certain dans un premier temps, c’est qu’ils se trompent d’ancêtres. Ceux des Français, ce ne sont pas les Gaulois, ce sont les Celtes. Et cela tombe plutôt bien, car la fête d’Halloween que l’on pense venir d’on ne sait où mais pas de chez nous, est sans doute héritée de la tradition celtique et de la nuit de la Samain, où le monde des morts et celui des vivants était en contact, libérant ombres et monstres. Ces fêtes, animées par les druides, ont ensuite été adaptées par l’Église chrétienne qui a institué la Toussaint. Le mot Halloween est une altération de All Hallows Eve (hallow est une forme archaïque du mot anglais holy qui signifie : saint, even est une forme usuelle qui a formé evening, le soir), qui signifie littéralement « le soir de tous les saints ». (source)

L’église judéo-chrétienne qui n’est pas en reste pour concevoir tout ce qui peut cimenter la société, a donc préféré régler le problème de la mort, avec les larmes et la tristesse un jour pluvieux d’octobre, dans un cimetière avec des fleurs. D’autres ont choisi les contes et les légendes, agrémentés d’une fête que l’on partage en famille, entre familles, afin que tous soient en mesure de mettre quelque chose sur ce qui nous est à tous insupportable, la perte d’un proche. L’homme en effet, doit composer toute sa vie avec ce paramètre d’acceptabilité, sans toutefois y parvenir totalement. Cela laisse du reste une porte d’entrée aux sectes et aux diverses religions monothéistes, qui élaborent en ce sens  une stratégie afin de nous conforter dans quelque chose de plaisant : la mort n’est rien car on vous promet la vie éternelle. Et puisque c’est quelque chose à ce point insupportable pour nous, et que vous comme moi désirons plus que tout retrouver nos proches disparus, qu’il y a tout lieu de penser à une illusion, au sens Freudien du terme, une illusion qui nous rassure et permet d’accepter ce qui ne peut pas l’être.

Je m’égare toutefois.  Ainsi, l’église catholique choisie t-elle la Toussaint, que d’autres choisirent de fêter Halloween. La fête des morts, les sorcières ou autres monstres, seraient un bon moyen d’expliquer la mort aux enfants. Afin qu’ils n’en fassent pas des cauchemars ou qu’ils ne développent des tourments, le fait d’en rire, de les compenser par le geste de donation des friandises, par l’élaboration d’un décorum et des déguisements, tout ceci est sans doute un moyen efficace d’y parvenir.
L’astuce consisterait  à festoyer pour absorber ce qui est par essence même insupportable à tous, la mort. C’est pourquoi je ne suis pas certain que de cacher ce qui appartient pourtant à la vie – là où la vie apparaît, la mort existe nécessairement – soit une bonne chose, et pourrait tout à fait être à l’origine d’une société dépressive, en tous cas éteinte, car elle n’exalterait pas suffisamment le vivant. Vous me direz que je vais vite en besogne, sans doute, mais je vous rétorquerais humblement qu’il suffit d’observer au quotidien nos congénères, qui d’aller vite en tout, et ne profitant de rien véritablement, ne se soucient ainsi peu de la finitude qui nous caractérise pourtant.

La vie se dégusterait donc. Les morts sont bien là où ils sont, mais on ne peut y échapper. Sans pour autant combattre les zombies à longueur de temps (voyez la vidéo), l’idée de s’en amuser n’est sans doute pas idiote. De plus, elle est ancrée dans nos racines, même si notre Église décida d’en faire autre chose. Effectivement, Halloween peut être simplement le refuge pratique du marketing, mais il ne tient qu’à nous de nous l’approprier. Enfin, montrer du doigt celui qui serait trop expansif dans sa volonté de fêter les citrouilles qui font peur, pourrait être in fine interprété comme étant l’expression d’un anti-américanisme primaire. Pire encore, claquer la porte aux enfants qui réclament leurs bonbons, ces douceurs qui compensent la dureté de la vie, serait d’une maladresse remarquable, en plus de démontrer le peu d’attrait pour la solidarité. Avoir cet esprit empathique et généreux, au prix d’un paquet de bonbons, vous reconnaîtrez sans doute que cela n’est pas cher.
Mais chez vous, ce qui est le plus important dans cette histoire,  fêtez-vous les morts ? Quelle approche préférez-vous ?

–> Halloween de 1001 manières

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