L’ épisode Megaupload et Anonymous

Pour ceux qui comme moi devaient veiller une nuit du 19 janvier 2011, vous auriez pu assister à l’évolution à peine croyable de l’arrêt du service du site de téléchargement en direct Megaupload grâce à une opération d’ampleur internationale du FBI. Vous auriez pu également suivre avec moult palpitations les agissements en représailles des Anonymous qui, à coup de déni de service (DDOS), arrêtaient les serveurs de quelques sites institutionnels gouvernementaux américains, ou ceux des majors de l’industrie phonographique.
Une sorte de passe d’armes (à coups de clics de souris, avec un doigt, assis confortablement dans un fauteuil et au chaud) virtuelle, surprenante de retombées sur Twitter où d’aucuns s’enthousiasmaient de tant de liberté durement conquise.

Afin de replacer cet épisode dans un juste contexte, il convient de se souvenir que Megaupload a considérablement enrichi ses propriétaires, tandis qu’ils utilisaient le travail des autres sans les rémunérer. Vous pouvez être d’accord ou non avec la politique de gestion des ayants droits, il n’empêche que vendre avec beaucoup de profits la possibilité de télécharger ce qui ne vous appartient pas, est moralement discutable. Surtout si vous ne reversez rien aux auteurs.
Cette société avait donc quelque chose de pourri. Ceci est confirmé par  le dossier accablant du procureur aux États-Unis en charge de l’affaire.

Peut-on parler de mafia ? Ce n’est pas l’avis d’un de ses dirigeants :

Surprenant n’est-ce pas comme défense ? Comment comprendre alors que la société possède autant de voitures de luxe (P.69 et 70 du dossier) ? Car il faut bien reconnaître que sans l’accès aux films, séries et autres musiques placés sur leurs serveurs (25 péta-octets de données hébergées chez Carpathia Hosting, sur plus de 1000 serveurs dont 525 en Virginie selon une source Twitter) Megaupload n’aurait pas grand intérêt, d’autant qu’il existe une pléiade de solutions alternatives.
En revanche on ne peut nier la demande très importante pour ce type de service. Et une telle demande qui ne trouve d’écho que dans les choses illégales ou presque, est désespérant. C’est du moins l’avis de quelques uns. Un avis tronqué, car la réalité c’est que les demandeurs cherchent à obtenir gratuitement ces œuvres. Les solutions légales, les plateformes de téléchargement existent désormais un peu partout, certes davantage pour la musique que pour les films. Pour autant, cela ne semble pas être encore bien rentable.
Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas suffisant. Sans doute fallait-il passer par l’arrêt (trop ?) brutal d’un tel service pour initier une dynamique qui soit acceptable pour tout le monde. Hélas, le web a horreur du vide, et dès qu’un serveur s’arrête, un autre le remplace.

Ce qui est franchement discutable dans cet épisode est l’action de représailles des Anonymous. Qu’ils se fassent plaisir en arrêtant des serveurs comme ils l’entendent, c’est illégal, mais a peu d’impact. Ce n’est que broutille. Un serveur se remplace, les DNS se changent. De plus les sites attaqués n’intéressent pas grand monde, et leur arrêt n’empêchera personne de dormir (hormis leurs administrateurs).
Pourtant les réactions des internautes sur Twitter à ce qu’ils nomment une World War Web, sont inquiétantes. On assistait à la libération d’un peuple opprimé. Enfin une armée de libération allait résoudre nos tourments !
Soyons sérieux. Anonymous ne paiera pas vos factures, ne vous aidera pas à avoir de bons résultats scolaires, ne vous assistera pas à votre procès lorsque d’un élan patriotique mal défini, vous aviez utilisé LOIC pour participer à la grande quête pour la liberté. Si vous ne le saviez pas c’est illégal et pénalement condamnable.

Pourquoi Anonymous génère tant de fantasmes ?

Au delà de ces évidences, il semblerait que parfois ne pas avoir un pied dans la réalité fasse perdre de vue l’essentiel. En d’autres termes, la qualité propre à utiliser le virtuel à bon escient, tout en conservant la faculté de savoir le relier à la réalité n’appartient pas à tout le monde. Je pense que cela peut s’apprendre. Cependant, afin de réaliser cela il est sans doute nécessaire que ceux qui sont aux affaires cessent de dédaigner les internautes, et respectent cet espace de liberté. Même si c’est tout ce qu’il nous reste. Même si la définition de la liberté est propre à chacun, la seule illusion devrait être suffisante.
La solution passe donc nécessairement par le strict respect de la neutralité du Net, et d’éviter alors de n’en faire qu’un espace marchand. Cette logique marchande est la cause réelle d’autant d’égarements. Cette logique n’est pas la nôtre mais celle de quelques privilégiés ou monomaniaques (bien qu’elle soit respectable bien évidemment, la plupart du temps).
Sans doute faudra t-il un jour faire sécession, et créer un autre Web dénué de business, refuge de toutes les libertés, de toutes les audaces, de toutes les différences qui font ce que nous sommes.
C’est sans doute pour cela que la nébuleuse indéfinissable des Anonymous soit le support d’autant de fantasmes.

2 commentaires On L’ épisode Megaupload et Anonymous

  • Rétrolien: Megaupload, Anonymous:Les hackers sont-ils une mafia? | Le citoyen engagé ()

  • Le soucis, car il y en a un puisque des logiques s’affrontent, c’est que dans ce genre d’affaires, il y en a toujours un pour dire n’importe quoi, et très fort.
    Ce quelqu’un aujourd’hui c’est un journaliste que je vous laisse découvrir ici :

    C’est tout de même assez pitoyable de s’afficher avec autant d’affront en public pour annoncer de telles bêtises.
    Son site est blindé dit-il. Moi, je le vois surtout totalement down pour le moment.
    Tango Down. (http://blogs.lexpress.fr/)

    Cela dit il ne faut pas tout mélanger, je regrette mais aussi sot soit-il ce journaliste a tout de même le droit de dire ce qu’il pense. Nous ne sommes pas obligé non plus de l’écouter, encore moins de le croire.
    L’esprit Anonymous qui n’appartient à personne, et qui vous appartient néanmoins un peu, c’est la liberté. Partout. Pour tous, et surtout sur le réseau des réseaux.
    Après à la télé, ils peuvent raconter ce qu’ils veulent. On s’en moque.

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