Le AAA expliqué à mes enfants

J‘avais commencé il y a peu à expliquer à mes enfants pourquoi nous parle t-on tous les jours de crise en France. Et pourquoi ce catastrophisme leur semblait si lointain de nos réelles préoccupations.
Mes enfants, très intrigués lorsqu’ils constatèrent que finalement le système économique actuel, c’est comme le jeu Monopoly que l’on connait tous très bien, c’est à dire que tout concourt à ce que l’argent créé se retrouve dans les mêmes poches. En effet, au début nous sommes un certain nombre à jouer (dans la vraie vie à travailler), puis nous investissons, et à la fin, il n’en reste qu’un qui en a plein les poches, tandis que les autres, et bien ils ne leur restent que des radis.

Le problème est finalement assez simple. Nous travaillons avec des salaires contraints, et eux, les financiers, ceux qui nous prêtent de l’argent en nous faisant crédit, s’enrichissent. Aujourd’hui, la monnaie n’est plus créée par la sueur de l’ouvrier qui bâtit ou de l’ingénieur qui conçoit, mais par le banquier qui prête de l’argent, ou vend des risques. Les agences de notations que nous adorons tous, puisqu’on nous rabâche les oreilles avec ça, et qui semblent très importantes pour tous les citoyens, alors qu’en principe elles n’intéressent que les banquiers ou les spéculateurs, ont donc manqué à leurs devoirs. Tout le monde le comprend, sauf les politiques et les journalistes. C’est à dire au bout du compte personne, puisque ce sont eux qui dispensent l’information et ce à quoi nous devons nous intéresser. Hélas.

Acte IIFinanciarisation de l’économie

Ces agences de notation qui s’autorisent donc à faire n’importe quoi du moment qu’elles s’en mettent plein les poches, compliquent singulièrement le travail des parents qui tâchent au quotidien de donner une valeur au A+ récolté par leurs enfants. Toute se passe comme si le plus important à l’école n’était pas ce que les enfants apprennent, mais le nombre de A+ que mettrait l’instituteur. C’est le syndrome actuel de l’inversion des valeurs, où l’homme devient esclave de l’outil qu’il a lui-même créé afin de se faciliter la vie.
De toute évidence, le citoyen honnête, c’est à dire celui qui a un travail et apporte une réelle plus-value à la société, est pris pour une vache à lait. C’est aujourd’hui encore pire, il ne sert plus à grand chose. La croissance ne dépend plus de son travail, mais de sa capacité à emprunter, et éventuellement à rembourser, quoique le risque qu’il ne le fasse pas, soit une aubaine pour les investisseurs. Ainsi de l’idée de se simplifier la vie avec un système économique inventé et conçu pour cela, nous en sommes à l’accroissement du malheur et de la pauvreté.

Cette étape formidable du dérèglement généralisé est en 2012 en principe derrière nous. Nous en récoltons maintenant les fruits, pourris, mais rien n’a pour autant véritablement changé dans ce système ubuesque dans lequel les valeurs humaines et économiques enseignées par nos philosophes ou pères fondateurs du capitalisme, sont bafouées. Concrètement vous allez encore travailler plus longtemps, sans gagner plus, voire moins (l’aspect de l’augmentation de productivité échappe en effet à nos politiques).
Nous verrons lors d’un troisième volet de cette tragique histoire de l’économie du XXIème siècle, comment notre vie n’aura servi qu’à léguer à nos enfants une dette colossale.
C’est limpide, mais je suis désolé, vous ne pourrez pas faire l’économie de regarder la vidéo proposée dans chacun de ces billets !

4 commentaires On Le AAA expliqué à mes enfants

  • yannick, l'autre chevalier...

    cet article est intéressant a plus d’un titre, en effet d’une part c’est vrai, l’économie est devenue folle, puisque aujourd’hui elle ne promeut plus l’activité industrielle mais celle financière, mais dire que c’est cette évolution qui est la cause de nos malheurs me parait plutôt rapide et j’ai plus tendance à penser que c’est le contraire.

    Ainsi dire que pour une agence de notation, dégrader un pays, lui rapportera des sommes folles, est un non sens.
    En effet il me parait nécessaire de préciser que la note attribuée n’est pas là pour provoquer une quelconque spéculation mais pour sanctionner une situation.
    Ainsi aujourd’hui la France c’est 10% de chômeurs, une industrie en voie de disparition, presque 2000 milliards d’euros de dettes, une croissance nulle voire négative….
    Maintenant si avec tout ça on peut considérer que l’économie Française figure parmi les plus florissantes de la planète, alors il faut m’expliquer !
    La notation n’est là que pour refléter d’une manière pratique la santé de l’économie d’un pays, et il ne me parait pas très correct de critiquer ce principe alors qu’il existe depuis plus de 30 ans, 30 ans de AAA, qui nous ont permis d’emprunter à des taux les plus bas, donc halte aux raccourcis hâtifs et aux coupables désignés lancés en pâture à la vindicte populaire et permettant aux vrais fautifs de s’en tirer à bon compte.

    Quand aux notes, oui j’exige le maximum de A de mes enfants, car un A signifie tout bêtement que la notion est acquise, c’est tout.

    Maintenant dire que la finance est à l’origine de nos malheurs, non, la finance ne fait que se nourrir de nos turpitudes.
    En effet si les états ont largement emprunté (merci aux financiers, car sinon pas d’argent, c’est cynique mais c’est comme ça) c’est uniquement pour vivre au dessus de leurs moyens et faire preuve d’une malheureuse démagogie sociale, alors que c’est vrai cette noble aspiration a toujours vivre mieux que la génération précédente est louable.
    Nos dirigeants ont simplement déformé une réalité économique et sociale à coup de milliards d’emprunts pour la faire rentrer dans un moule démagogique.
    Et si notre industrie s’essouffle c’est simplement que nous cherchons à toujours consommer plus, or comme les salaires ne sont pas extensibles à l’infini, alors on cherche le moins chère, dont on sait d’où il vient, et on détruit notre industrie, donc nos emplois, donc la richesse produite, donc les revenus de l’état qui se voit donc obliger d’emprunter toujours plus pour maintenir le rideau de fumée sur notre confort de vie, CQFD.
    Et aujourd’hui la valeur travail se trouve dégradée (quelle ironie….) il est plus valorisant de gagner de l’argent en spéculant qu’en étant plombier ou charpentier qui sont de vrais créateurs, et oui, nos turpitudes sont à l’origine de nos malheurs.

    Pour finir, il est dramatique que ces valeurs et notions qui nous ont si longtemps guidées aient disparues de nos idéaux, car sans elles comme clef de voûte à nos vie, et bien tout s’écroule. L’argent doit rester comme un moyen, un vecteur, mais surtout pas cette fin ultime qui nous rapproche de l’abime.

    • Merci Yannick ! 🙂
      Effectivement, et c’est un leitmotiv dans mes propos ces dernières années, l’économie est un outil pour le bien-être des hommes. Jamais, l’homme ne doit être esclave d’un système qu’il a lui-même conçu et alimenté, sans quoi cela n’aurait plus de sens.

      Et insensé, le système d’aujourd’hui l’est sans doute !

      En revanche, je ne suis pas certain que la politique dite sociale (donc de gauche) soit à l’origine de la dette actuelle. En effet, il suffit de se reporter aux statistiques relatives à cela en France depuis 1945, et comme par hasard, c’est sous les gouvernements de droite, donc a priori les moins sociaux (bien que cette règle, ne signifie finalement pas grand chose) que se creuse la dette du pays. Pendant la gouvernance Sarkozy c’est éloquent. Le problème de la dette semble donc puiser ses origines au-delà de la démagogie. Après tout c’est une manière d’utiliser un outil. A la condition, que tout le monde joue le jeu, et que les règles soient identiques pour tous.

      Quoiqu’il en soit, c’est certain que loin des arguments politiciens, la perte des valeurs fondatrices de ce que nous sommes, au profit de ce qui est palpable immédiatement, présente un risque majeur pour la quiétude des futures générations.

  • yannick, Chevalier ARCH

    Avant tout permets moi de te remercier pour cette tribune que tu nous offres et qui nous permet de dire « non » a (desole pour les accents,aujourd’hui j’ai un clavier americain…..) toutes ces fausses verites et autre ideologies pretes a consommer qui essayent je dis bien essayent de nous oter notre jugement propre.

    Juste une remarque sur l’origine politique de la crise, je n’accable ou ne disculpe aucune tendance politique, ils sont a egalite dans la cause de nos malheurs.
    Pour memoire les gouvernements ont cesse de financer le progres social par la richesse produite par le pays par de la dette apres le General de Gaulle.
    Ensuite les uns ont soit accelerer la depense soit reduit les prelevement soit les deux, bref la course ou l’addiction a la dette etait lance au detrimemt de celle de la croissance et de la gestion en bon pere de famille.
    La demagogie n’a pas de couleur politique, mais seulememt la couleur de la victoire a une election pour qui l’utilise sans vergogne, et c’est bien la une chose que nos politiques ont compris, il est plus facile de distribuer l’argent des autres (celui des marches, et oui……) pour s’attirer la sympathie des electeurs que de leur expliquer les valeurs du travail manuel.
    Alors, oui on ne peut que regretter cette France de de Gaulle et Malraux mais ne les oublions pas et gardons les en exemples, alors l’espoir sera permis.

    Un spectre d’un ‘autre temps, mais fidele a ses valeurs.

    • @yannick, Chevalier ARCH: Oui tu as raison, la démagogie n’a pas de couleur politique. Il est bien de ne le rappeler.

      Tu vois, la sauvegarde du réseau des réseaux dans sa neutralité est un combat essentiel d’aujourd’hui et de demain, afin justement, de laisser libre court à l’expression de la diversité, dont ce très modeste site qui me permet de partager ce que je crois être juste et utile pour tous. 🙂

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