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Parler d’assistanat en France : est-ce intelligent ?

C‘est une rhétorique bien huilée. Afin de chatouiller nos instincts les plus vils, ceux qui encensent un égocentrisme mélangé à un patriotisme saumâtre qui ne signifient pas autre chose que l’on aime défendre notre magot, les politiques de temps à autres nous servent l’idée que la France est un pays d’assistés. Les politiques, mais aussi les citoyens ordinaires vous affirment cela, sans honte, c’est leur droit, mais surtout sans aucune notion sur l’éventuelle justesse de leurs propos, ce qui est plus ennuyeux.
Peut-on encore aujourd’hui parler de notre pays comme un pays d’assistés sans risquer de passer à côté de la vérité ?
En outre, dans l’hypothèse de travail que cela puisse être le cas, serait-ce envisageable sérieusement de croire que les sommes débloquées l’aient été sans contrôle ou études sérieuses, et enfin, que leur suppression soit judicieux ?

La première chose qu’il pourrait être bon de se mettre en mémoire, est qu’il est impossible de vivre aujourd’hui en France avec les seules aides sociales. Cela pour plusieurs raisons. La première est que vous ne pouvez pas cumuler les aides sociales. Vous pensez bien que le système prévoit, initialement, que le RSA par exemple ne dépasse pas 60% du SMIC, et que le cumul avec d’autres allocations se fait toujours avec un coefficient modérateur qui entraîne la diminution de la principale allocation.
En effet, un système correctement pensé ne va pas favoriser une logique non constructive, celle de l’oisiveté, aux dépends d’une logique de production, seul moteur de tout notre système économique. Il n’y a que des détracteurs de mauvaise foi pour le croire.

Une autre raison à laquelle il faudrait penser, est que si vous tentez l’expérience de vivre avec ces minima sociaux, je serais prêt à parier mon salaire que vous allez vite le regretter, et rechercher rapidement du boulot. Dans ces moments-là, il est bon sans doute de se convaincre de la dignité de chaque homme, et que l’autre, même s’il semble en marge ou être un loser, n’apprécie qu’extrêmement rarement le fait d’être un poids pour ses concitoyens. Si l’exception existe, n’allez en tous cas pas en déduire de fallacieuses conclusions, votre raisonnement serait caduc car il deviendrait un paralogisme en bonne et due forme.

La seconde chose essentielle à prendre en compte, est que contrairement à ce que l’on peut entendre parfois, la France ne distribue pas plus que ses voisins européens ces aides. Notre pays est dans la moyenne quant au volume d’aide, et dans le détail des aides, c’est-à-dire la somme allouée individuellement, elle est même légèrement en dessous de pays comme l’Irlande, le Royaume-Uni, l’Allemagne ou les Pays-Bas.

Cependant, outre ces rappels fondamentaux, la principale raison qui pourrait indiquer que cette rhétorique frise l’idiotie, est que la rétribution des citoyens hors emploi, est quelque chose d’essentiel pour la société, et cela à plusieurs titres.
Une personne en marge, aura d’autant plus de chance de se raccrocher au train de l’emploi, s’il n’occupe pas ses journées à quémander dans le meilleur des cas, ou à commettre des larcins afin de se nourrir, lui et son éventuelle famille.
Une telle famille confrontée aux difficultés, si elle n’avait pas accès à la CMU par exemple, serait la cible idéale pour des maladies, et donc constituerait un foyer de choix pour le début d’une pandémie. Je grossis un peu le trait, mais la prophylaxie est dans notre pays certes moderne, quelque chose de réel, absolument pas anecdotique, qui permet aux familles dites classiques, de pouvoir vivre sans trop de crainte de tomber malade par la proximité d’autres familles moins bien loties. Et en France, là je ne grossis rien, nombre de ces familles, je suis désolé de vous l’apprendre, vivent dans des conditions minimales de confort . Cela se chiffre en millions.
Une personne aidée, peut également consommer. Vous allez trouver cela incongru, mais sa consommation est un acte citoyen à part entière. C’est la consommation en effet, qui permet à tout notre système de tenir. Sans cette consommation, rien ne tient, et votre métier dont vous êtes si fier ne vous servira plus à rien ni même à vous nourrir (à moins que vous ne travailliez dans le commerce des armes). Dans cette idée, une nouvelle fois, nous ne parlons pas d’exceptions, mais de millions de gens. De millions de consommateurs.

Enfin, un argument qui sert de leitmotiv aux détracteurs des allocations, serait qu’elles deviendraient pour une personne, au bout du compte, plus élevées que si elle touchait le SMIC.
C’est inexact. Le SMIC est accordé très facilement (c’est obligatoire, et le droit du travail est bien rodé pour cela), les allocations cumulées avec les aides des collectivités locales, beaucoup moins, très ciblées, et contrôlées. Il existe peut-être ici ou là des cas atypiques, mais une nouvelle fois, cela ne suffit pas pour en faire une règle. Connaissez-vous réellement un seul cas ?
C’est pourquoi, un politique, plus encore un citoyen salarié, ne manque pas d’aplombs que de vouloir batailler sur cette comparaison, sans se demander une seule seconde si ce ne serait pas le SMIC qui serait trop faible ! Cela d’autant plus que certains salaires valent plus de 300 fois le SMIC.

Finalement, à la lumière de ces quelques rapides arguments, tous aisément vérifiables, on comprend que la phrase consacrée, l’assistanat est un « cancer de la société française », n’est que le résultat de méconnaissances, de mauvaise foi, d’inconscience, d’irresponsabilité, voire d’imbécilité. Le choix de s’abstenir de voter pour un politique qui en ferait usage, serait vraisemblablement un choix bien inspiré. Ce discours n’est pas de la politique, c’est du grand Barnum, et n’a d’autre objectif que de masquer un manque d’inspiration chronique qui neutralise les progrès de notre société.
S’il fallait faire l’économie de ces aides, rassurez-vous, cela n’aboutirait jamais, dans votre portefeuille (pourvu que vous l’ayez encore à ce moment-là).

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Cinq idées reçues sur « l’assistanat » (Article du Monde.fr daté du 10 mai 2011).

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