La démocratie se fait dans l’action

Les dernières élections cantonales ont permis à ceux qui n’avaient pas les idées claires de s’exprimer sur ceux qui ne s’exprimaient pas. Comprenez que des experts ont réussit le tour de force d’interpréter l’inaction, le rien, autrement dit les abstentionnistes, et d’en tirer de grandes conclusions sur l’état du vivier des électeurs, en France. Pour ma part je me réserverais bien de donner trop d’importance, de donner consistance, à quelque chose qui n’existe pas.

Ne rien faire ou ne pas faire ce n’est pas agir. Voter est la source même d’un processus démocratique. Ne pas voter ne signifie rien d’autre que l’acte en lui même, c’est à dire ne rien faire. En ce sens, vous savez qu’un vote est un suffrage exprimé, ainsi l’abstention n’exprime qu’une inaction, qu’un vote inexistant et de fait non exprimé.
On ne peut donc pas émettre l’idée que le rien prend le pas sur l’action.
Je suis étonné d’entendre des experts auto-proclamés ou dénichés par les journaux à sensations (c’est à dire tous finalement1, puisque le business impose cette échelle de valeur) trouver analyse sur un fondement inexistant. Dire que celui qui ne vote pas exprime quelque chose est une arnaque. Dire que celui qui est révolté, s’exprime de la même manière que celui qui est alité pour maladie et qui ne peut donc se déplacer, est ridicule.

En démocratie, seule l’action signifie quelque chose. L’expression d’un mécontentement ne se fait pas par le silence, ou si c’est le cas, c’est que nous sommes en dictature. L’abstention pourrait alors être considéré comme l’outil des lâches, même si nous avons tous une excellente raison de ne pas nous déplacer les jours de suffrage. L’abstention n’en doutons pas est le linceul des démocraties. En effet, si je ne vote pas, je laisse un boulevard énorme aux votes des extrêmes, puisque par principe, ceux qui votent aux extrêmes se déplacent régulièrement (si ce n’est pas à chaque échéance systématiquement). Pendant que ces extrêmes votent, les modérés s’abstiennent. Vous avez donc un résultat électoral qui ne reflète rien d’autre que la fatigue des citoyens issus d’une démocratie vieillissante, la nôtre, qui n’exprime pas autre chose que l’expression des plus vindicatifs, ou si vous préférez qui n’exprime pas le sentiment des modérés. La majorité se dilue donc, et seuls émergent les arrêtes du suffrage.
C’est dommage que tout le monde ne soit pas d’accord là dessus, mais compréhensible dans notre système démocratie qui a sans doute fait son temps dans le format que l’on connait, un système dans lequel ceux qui ont mandat du peuple, s’autorisent n’importe quoi en son nom, un système dans lequel ceux qui en ont la charge, les électeurs, refusent d’en assumer la responsabilité.

Tandis que l’on admire les pays arabes qui prennent quant à eux, leurs responsabilités en agissant au péril de leur vie (tout comme l’on fait nos ancêtres pour nous), afin d’enclencher le processus démocratique dans leurs pays, nous qui avons tout pour l’entretenir, lâchons. Et cette démission intellectuelle est confortée, j’insiste, par tous ceux qui sans doute honnêtement, estiment que cela puisse signifier quelque chose. Non, s’abstenir ne signifie rien d’autre que la volonté de ne rien faire. Cela ressemblerait quasiment à du sabotage.

Non ce billet n’est pas un poisson d’avril ! La seule farce dans cette histoire ce sont les dires d’interprétations de l’abstention, et le fait que l’on se complaise dans ces approximations. Mais, je vous rassure, cela ne durera sans doute qu’un temps.
Illustration d’Erik Johansson

  1. Du moins en format papier et via le petit écran, sur le web en effet vous trouvez encore des lieux crédibles d’informations comme France24 ou Euronews par exemple.

2 commentaires On La démocratie se fait dans l’action

  • Je partage tout à fait ton avis. Cela confirme la nécessité de comptabilisation du vote blanc.
    Pour les bureaux de vote équipés (comme l’est le mien), les machines à voter prévoient une touche « vote blanc », celui-ci entrant alors dans la course à l’électeur. Cela supprime l’ambiguité du « vote nul ». C’est un vote volontaire qui n’a absolument rien à voir avec l’abstention, celle-ci ne pouvant être assimilée qu’à un « j’m’en foutisme » désespérant pour ceux qui ont lutté et qui luttent encore pour exprimer une opinion.

  • Tu as tout à fait raison Claude d’introduire le vote blanc comme expression raisonnable d’un mécontentement. C’est certainement, à part le fait d’être soi-même candidat, une des rares manières d’exprimer réellement démocratiquement un mécontentement généralisé.

    Seulement, dans la longue liste de ce que s’autorisent les représentants du peuple, il y a eu l’abrogation en tant que suffrage exprimé du vote blanc. Depuis quelques temps déjà, voter blanc c’est comme voter nul. Cela ne signifie plus rien.
    Le vote blanc a été torpillé par les élus de faible extraction.

    Une des pistes envisagées serait la réhabilitation du vote blanc. Toutefois, il faut avoir conscience des risques. Un suffrage dans lequel les votes blancs seraient majoritaires abouti à une crise politique majeure et une déstabilisation de la constitution, donc du pays.
    Cela dit personne ne prétend qu’une démocratie s’acquiert ou s’entretient dans un confort permanent ! 🙂

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