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Les va-t-en-guerre du web

La résolution de l’ONU qui autorise de recours par tous les moyens disponibles afin de faire respecter le droit au peuple de Libye de choisir leur démocratie, a fait l’objet d’un formidable lâcher d’émotions dans les journaux et sur le web. Si la presse quotidienne balaye d’un revers de une, la catastrophe nucléaire au Japon au profit d’une bonne vieille guerre, les quelques acteurs du web que j’ai pu suivre sur Twitter en direct lors du vote de la résolution à l’ONU, semblaient sortir d’un film de Raoul Walsh, patriotisme en tête armé de tout leur courage militaire qu’ils exercent au quotidien derrière leur écran.
Quasiment tous les commentaires que j’ai pu lire (un bon paquet tout de même) reflétaient soit une erreur d’interprétation, soit un état d’esprit guerrier à faire frémir Rambo. Car ces personnes semblent méconnaître le côté tragique de la guerre. Une guerre ça tue, et pas forcément que les méchants. Quant aux conséquences à long terme, elles sont inexploitables, car cela reste dans le domaine de la grande inconnue. Comme si d’une guerre et de ses quelques avions péniblement armés, pouvait se décider du sort de tout un peuple, dont tout le monde se fichait lorsque son représentant était accueilli avec panache sur le sol français.

En Libye, l’ONU active proprement la notion du droit d’ingérence, comme si en effet, une démocratie se commandait ou s’instaurait d’un seul fait de l’histoire. Jamais aucune démocratie n’a été instaurée sur notre planète à partir d’un seul évènement fut-il historique. Ou alors on m’aurait mal informé. Pourtant ce vote fut accueilli comme une grande victoire. C’était méconnaître ou faire en sorte de l’oublier sciemment, qu’un tel vote nécessite 10 voix pour. A 9 voix pour, nous sommes passé de justesse à côté d’un refus d’intervention. Et quelques pays annexes de la France, comme la Russie, l’Allemagne ou la Chine se sont abstenus. Pour ce fait, point de commentaires, si ce n’est ceux désobligeants dans la presse, comme si l’Allemagne devait enfin retrouver son panache militaire conquérant d’antan. A croire que la génération des commentateurs ne connaissent la guerre exclusivement comme le reste d’un vague concept imposé par nos cours d’histoires au collège ou au lycée.

Je n’ai donc constaté, avec effarement, depuis le vote de cette résolution, que des va-t-en guerre, partout, derrière leurs écrans, mais également sur les feuilles de choux quotidiennes. A aucun moment il ne m’a semblé lire ou entendre un doute. L’issue militaire est normale, logique, unique. Il me semblait pourtant plein de bon sens l’idée selon laquelle la guerre n’est jamais une solution, même si le président français a jugé bon de rappeler que les portes de la diplomatie s’ouvriront dès que le despote libyen fera preuve de raison vis-à-vis de son peuple.
Je suis également surpris que celui qui fait preuve de volonté guerrière ne soit jamais limité dans son idée par les réactions imprévisibles de l’Histoire. Nous sommes loin heureusement d’une situation géopolitique qui fut celle de 1914, mais tout de même. Sur cet aspect, il faut bien admettre que pour beaucoup, les responsabilités et l’action se limitent à une intervention sur Twitter. De là effectivement, les risques sont limités.

article du Monde

Enfin, que penser des cocoricos lancés en unes de tous les grands quotidiens français sur l’action initiale de la France dans les bombardements? Si on ne fait pas attention on pourrait croire que la France est en guerre contre la Libye, et que notre sort en dépendrait. Que penser également de l’insistance étrange avec laquelle nos ministres répètent que cette action est faite conjointement avec les pays arabes. Mais de quels pays parle t-on exactement ?
Cet épisode montre ainsi deux choses. La première est que ceux qui s’octroient une capacité d’analyse d’une situation immédiate, n’y arrivent pas, ou se trompent. La seconde est qu’il semblerait que nos représentants de l’état soient plus raisonnables que ceux de la presse ou de la toile. C’est sans doute finalement assez souvent le cas. Cela indique, encore une fois s’il le fallait, les limites des champs d’action et de compréhension individuels, même s’il sont facilités par l’accès au Net – ce qui est une très bonne et indispensable chose. Surtout lorsque ce champ d’action n’a pas d’autre objectif que l’affirmation de ses convictions et la volonté de s’opposer à tout prix. Le réseau pour rassembler les peuples derrière une cause certes, mais pour servir de vecteur de propagande guerrière non !
Enfin le dernier enseignement peut-être, est qu’encore une fois, la notion de démocratie semble être une valeur obligatoire, immédiate, qui résulterait de la seule obstination instantanée, plutôt que de l’empirisme atemporel des peuples. Cela prend forme dans la logique occidentale commune, une valeur fourre-tout, qui devient une vérité exclusive. Le problème c’est qu’elle a bon dos la démocratie, et en son nom, les décideurs s’autorisent beaucoup de choses, sans pour autant offrir à chaque citoyen d’un tel régime, toute la liberté à laquelle il aspire.

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