Démocratie, risque et transparence

Les évènements tragiques au Japon, notamment l’incident nucléaire de Fukushima est l’occasion pour nous qui sommes loin pour le moment de tout danger, de réfléchir sur les conséquences des choix qui ont été fait dans notre pays, spécialement dans le domaine énergétique. Ainsi, M.Attali sur Slate.fr en tire dix leçons.
Je m’attarderais un peu sur le neuvième point qui me semble être le cœur du problème du nucléaire en France : celui du choix effectif du peuple de France.

Si mes souvenirs sont corrects, il me semble que le choix du tout nucléaire en France (en mars 1974) ce soit fait sans les français, qui pour l’occasion n’ont jamais été consultés1.
On me rétorquera que c’était de la responsabilité des élus qui avaient mandat pour cela, ce à quoi je répondrais qu’ils ont engagé dans cette aventure beaucoup plus que leur inintéressante crédibilité, mais principalement plusieurs générations successives de français dans la galère.

Le nucléaire n’est sans doute pas une solution en soi, même si c’est une possibilité, en revanche c’est un fardeau pour nos enfants qui devront s’attacher à gérer l’imprévisible, ainsi que nos déchets radioactifs pendant plusieurs centaines d’années. Pour cela, les français auraient dû être consultés sur un choix qui dépasse très largement, ce ne semblait pas être clair dans les esprits d’alors, le seul cadre d’un choix stratégique pour une virtuelle indépendance énergétique2.

Dans notre démocratie vieillissante, nos représentants s’autorisent beaucoup de choses, en dépit des fondamentaux démocratiques, et ne seront jamais inquiétés d’aucune sorte, par des décisions éventuellement malheureuses, ou aux conséquences catastrophiques. Ainsi, ces politiques et ingénieurs ont imposé unilatéralement la présence de 58 réacteurs nucléaires auprès des citoyens pour qui non seulement le prix de l’électricité ne s’est pas stabilisé, mais qui doivent via leurs impôts financer régulièrement l’achat d’électricité à l’étranger.
Le nucléaire enfin, est sans doute un bon exemple de la loi du tout ou rien, soit tout va bien, soit c’est la catastrophe. Il me semble qu’il n’existe pas de situation intermédiaire, contrairement à ce que l’on tente de nous faire avaler à chaque incident nucléaire depuis Tchernobyl3.

Finalement, le choix du nucléaire était l’aboutissement après une période incertaine quant à l’avenir du pétrole (le choc de 1973 fut important). Néanmoins il est illogique, en tous cas déraisonnable. En effet, dans le choix du nucléaire, les inconvénients à long termes dépassent largement les bénéfices à court ou moyen termes. C’est également un choix économique très contestable, puisqu’il a nécessité des investissements colossaux qui interdisaient de fait, d’autres recherches dans les moyens alternatifs ou plus légers. En ce sens pendant que l’on dépensait l’argent du contribuable à rechercher et développer des technologies sans débouchés économiques (EPR), rien n’était fait, comparativement, pour les autres sources ou formes d’énergies. Comment interpréter l’abandon rapide des aides d’état sur l’installation des éoliennes, sous prétextes esthétiques, pendant que l’on poursuit des schémas économiques atomiques à l’avenir plus qu’incertain ?
Enfin, le choix d’une technologie fondée sur l’instabilité permanente et le risque inhérent propres aux réactions atomiques en chaîne dites contrôlées, reste incompréhensible. Nous pourrions en ce cas se demander s’il est nécessaire de risquer la catastrophe majeure afin de satisfaire des désirs de croissances. La volonté de développer nos sociétés actuelles en compromettant celles des générations futures par un tel procédé devient vraisemblablement contestable. C’est une politique à courte vue, qui a certes donné des résultats jusqu’à présent. Mais dans l’histoire du monde, une civilisation telle que la nôtre représente bien peu. C’est pourquoi il est consternant de constater qu’aujourd’hui il n’existe aucune norme mondiale de sécurité sur les installations nucléaires. Chacun fait ce qu’il veut dans son pays, au risque de contaminer tout le monde lors d’un accident.
En cela, le nucléaire peut être considéré globalement comme un choix maladroit, contestable, et sans avenir. La moindre des choses que puisse exiger un citoyen d’une démocratie, est une totale transparence dans ces processus de choix et de gestion de l’énergie, bien loin de tout ce qui a été fait jusqu’à présent en France.

  1. Vous pouvez vous reporter à un de mes précédents papiers qui parle du sujet
  2. Sur ce point il est toujours utile de rappeler que la France ne possède pas d’uranium, et dépend donc fondamentalement d’autres pays pour son énergie
  3. Cet article d’un blog du Monde Diplo en parle de manière intéressante

2 commentaires On Démocratie, risque et transparence

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