Clochers et minarets

Les Suisses ont mis dimanche dernier, les pieds dans le plat en votant l’interdiction des minarets sur le territoire. Ce réflexe exclusivement mû par la peur, du moins on l’espère, était un cheval de bataille de la droite populiste locale, qui voit là un thème facile à jeter en pâture à une population crédule.
Le sujet est pourtant d’une importance cruciale. L’ Organisation des Nations-Unies ne se trompe pas en dénonçant immédiatement le résultat de ce vote.  La France est par exemple un pays laïc. A ce titre, elle devrait accepter sur son sol, autant de constructions dédiées à des religions qu’il y a de croyances: temples, minarets, clochers, synagogues … Il n’y a, par essence même des fondements républicains, aucune raison de privilégier une religion par rapport à une autre, et encore moins de raison d’en interdire aucune. Liberté,  égalité, fraternité demeurent en cela la référence.

Illustration Erik Johansson

Certes pour un chrétien de culture et de conviction, cela ne semble pas évident qu’il puisse accepter d’entendre tous les matins à sa fenêtre l’appel à la prière de ses concitoyens musulmans. C’est certainement la première chose à laquelle ont pensé les Suisses. Certes nous qui sommes nés en France, nous avons plus l’habitude de voir des clochers qu’autre chose. Et je crois qu’il n’est pas scandaleux de ressentir de l’appréhension à voir notre paysage familier se transformer quelque peu. Nos repères pourraient disparaître. Toutefois en tant que  républicains, un de nos devoirs est d’accepter la différence chez nos concitoyens, d’offrir au singulier un refuge, et de proposer à un groupe les moyens de s’exprimer, toujours au nom de l’égalité. En effet, la tentation de l’apartheid est toujours grand. C’est un travers humain dans lequel n’importe qui pourrait sombrer. Car l’apartheid n’est pas l’exclusivité des hypothétiques races, mais également celle des religions. Une nation par exemple, ne saurait prétendre à l’unité si elle n’est pas capable d’accepter en son sein de multiples différences.

Un enjeu crutial pour l’avenir de notre société

Pourtant l’enjeu est encore plus grand que cette importante unité. C’est le pari de l’avenir qui se joue dans notre perception du problème de la différence. Ainsi je pense qu’il est vain d’espérer un avenir serein pour qui voudrait jouer la carte de la division religieuse. Si l’homme ne peut s’affranchir, pour le moment, de la religion, son avenir réside dans l’acceptation de toutes les religions. Certes ce n’est pas dans l’intérêt immédiat d’une religion. En effet, sa pérennité réside dans la croissance de ses ouailles. La politique nataliste est une constante dans les religions.  Ainsi, permettre simplement la co-existence exactement identique de deux religions, ad minima, est un défi complexe. Cela nécessite certainement de dépasser beaucoup de réflexes d’auto-protection.
Pourtant l’avenir est cette acceptation. J’imagine que personne n’envisage sérieusement une énième guerre de religion qui n’aboutirait qu’au chaos, sans réel vainqueur. Et l’histoire nous a désormais suffisamment prouvé que la répression des croyances ne fait que déplacer le problème dans le temps sans jamais le résoudre. En ce sens, l’homme est fait de diversité, et celle-ci ne trouvera quiétude que dans sa pleine expression, dans toutes les couches de la société.

Finalement, nos peurs sont un frein à notre évolution. Aurais-je l’affront d’énoncer simplement le constat de nos facultés d’adaptations ? Elles ne sont pas le fruit d’extensions particulières comme des dents, crocs, ailes ou autre faculté physique spécifique. L’homme s’adapte à son milieu de vie exclusivement par son intelligence. Cette dernière s’impose ainsi à nos réflexes et peurs, qui pourraient compromettent notre avenir. N’ayons ainsi pas de honte d’ affirmer qu’accepter toutes les différences, est un signe évident d’intelligence.  Et si notre monde change, si les populations se mélangent, si les croyances se juxtaposent, il est indispensable de les faire co-exister équitablement. Et une expression de cette acceptation est bien ce paysage où se côtoient clochers et minarets, dans le respect de tous. Toute la difficulté demeure alors dans l’équilibre des minorités. Ces dernières doivent trouver leur juste place dans un ensemble majoritaire différent. On imagine assez mal plus de minarets que de clochers dans un village composé essentiellement de chrétiens.
L’équilibre des choses est bien une composante de l’égalité, et cela passe également par la connaissance de l’autre. Sans doute faudrait-il pour cela moins compartimenter l’apprentissage des jeunes français, et cessant par exemple le culte de l’élitisme qui prévôt encore dans beaucoup de familles traditionnelles chrétiennes 1. Ces comportements pourtant classiques, pourraient être un frein à l’évolution de notre société. Sans doute ne cultive t-on pas la différence pour elle-même, mais on l’apprécie en la partageant !

  1. Ce pourrait être le cas sans doute pour les familles traditionnelles des autres religions. L’idée ici n’est pas de stigmatiser une population particulière, mais de toucher du doigt la complexité du tissus social.

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