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Un avenir du socialisme en France

Après la curée des dernières élections européennes, on ne peut que constater la lente érosion du parti socialiste français. C’est peut-être le résultat de la corruption intellectuelle de ses dirigeants. En effet, ce que le PS (Parti Socialiste) n’a sans doute pas intégré, c’est que l’idée de gauche n’est pas la propriété exclusive du parti. Cette idée est post-moderne et ne peut trouver de débouché dans le classicisme politique. Divers courants politiques de gauche la portent, et la bande à Sarkozy  puise ses idées à la source du socialisme dès qu’elle le peut.  Ainsi, j’en suis persuadé, la gauche en France a tous les atouts pour signifier l’avenir. Il faudrait toutefois qu’elle les saisisse. Ces atouts sont peut-être au nombre de deux : la jeunesse et la VIème république.

Illustration Erik Johansson

Lorsqu’on s’enfonce,  un bond en avant est souvent salvateur. En ce sens, les anciens doivent laisser aujourd’hui la place aux jeunes rénovateurs. Si ces décideurs actuels du parti laissent s’exprimer le courant révolutionnaire qui existe chez l’ électeur de gauche, et plus encore chez tout militant socialiste, ce serait une bonne occasion de propulser le parti. Et une révolution ce n’est pas nécessairement le chaos, ce peut être une métamorphose, ou encore l’expression des utopies. Au moins pourrions-nous comprendre ce terme comme une niche de notre esprit qui ne demande qu’à s’exprimer.
Les citoyens des banlieues, les jeunes de 18 à 35 ans semblent n’attendre que leur tour1.
Le seul problème, c’est qu’actuellement aucun dirigeant du PS à ma connaissance n’a le charisme nécessaire pour faire ce grand bond. Être charismatique à notre époque ce n’est plus être conquérant des peuples, ce n’est pas récolter des audiences télévisuelles, c’est davantage proposer ce que personne n’ose en pariant sur l’intelligence collective et l’audace de chacun. Et ne me parlez pas de « big-bang » 2, c’est bien plus que cela. Un leader charismatique n’a alors peut-être plus la vocation de prendre les commandes, mais plutôt d’orienter les forces et les volontés vers un objectif commun. De monopoliser finalement tout le potentiel citoyen.

Faut-il choisir entre la répétition ou la révolution ?

C’est pourquoi, parler de parti socialiste révolutionnaire lorsqu’on est jeune cadre du parti avec un discours fondateur d’une nouvelle république fondée sur les jeunes talents comme sur les valeurs sûres de nos anciens, sur l’avenir, l’équité, l’égalité et la fraternité (tiens donc ?), demeure tout à fait crédible. Il faut pourtant avoir le courage de le faire. Il faut un discours limpide, constant et universel. Chaque femme ou homme politique public devrait avoir comme seul objectif de faire que chaque citoyen de gauche ait l’envie de porter ses convictions. Et il ne peut y avoir cette envie que si cela s’inscrit dans la durée,  si ceux qui ont la charge du parti n’ont pour pas pour objectif de servir leur carrière, et si les querelles internes n’apparaissent pas. Qu’ils soient parfaitement honnêtes que diable, qu’ils aient un discours loyal ! C’est le prix à payer pour gouverner à nouveau notre pays.

Les fondamentaux de la gauche sont toujours les mêmes : protection du plus faible, équilibre social, liberté des esprits, la force au profit du plus grand nombre. Les idées révolutionnaires seraient alors l’adoption d’une nouvelle république qui donnerait au parlement les moyens de sa représentation. Pour cela il faut se convaincre que la participation citoyenne est une chose, et la gouvernance une autre, une volonté politique forte de régulation des revenus et des retraites afin de progressivement faire disparaître du paysage social français l’idée même des très riches côtoyant les très pauvres. Dans le même temps, et ce n’est pas contradictoire, libérer les esprits de la croyance du travail vertueux. Le travail, s’il doit retrouver sa place, serait celle d’être au service des autres avant tout et de ne pas être un frein à la liberté individuelle, ce qui impliquerait l’expression libre des talents dans le marché du travail. Être ainsi révolutionnaire c’est reconnaître que le monde du travail est actuellement fondé sur une masse laborieuse et pauvre, pour le profit des super riches, l’ensemble étant noyauté par une immense et disparate classe moyenne qui ne sait plus ce que vivre veut dire, et qui obéit au diktat des banques.

C’est sans doute en commençant par ce discours que les socialistes pourraient être fédérateurs. Je vois bien déjà s’élever d’intenses protestations, en disant que ce discours est celui d’un mauvais marxiste vaguement nostalgique de communisme. Et pourtant, ne rêvons pas, les niches des idées politiques de gauche classiques sont actuellement déjà toutes exploitées par les neo-droites actuels. C’est sans doute également pour cette raison que le discours du PS se noie dans le paysage politique français aujourd’hui. Les citoyens que nous sommes n’ont plus aucune lecture de ce que pourrait apporter le parti dans notre vie quotidienne. Il est ainsi sage de considérer que le citoyen actuel, est abreuvé d’information, et qu’il ne privilégie que ce qui est parfaitement limpide.
Avons-nous le choix d’autre chose que la révolution des esprits ? Devons-nous être les spectateurs des défaites successives qui font tellement mal car on sait bien que la majorité de nos amis, de notre famille et de nos relations n’ont pas envie d’autre chose que d’avancer vers le plus juste des mondes possibles. Car enfin, quoiqu’elle fasse, combien même la droite se nourrisse d’idées sociales, jamais elle n’aura pour autres objectifs que de répondre aux lobbying des influents. Nous l’avons bien vu lors des débats récents à l’assemblée sur la loi HADOPI par exemple, ou sur ceux concernant l’avenir des hôpitaux. Qui aujourd’hui serait prêt à adopter un système de santé équivalent à celui qui prévaut aux Etats-Unis ? Un tel système qui génère misère et pauvreté, un pays dans lequel plus de 40 millions de citoyens n’ont pas d’assurance santé ! Un pays riche, qui produit chaque année davantage de misère que n’importe quel autre pays développé !

Les socialistes connaissent bien les dangers et les limites du monde politique et économique actuel. La force des socialistes c’est d’oser le mariage de la politique avec l’utopie des hommes en paix. S’ils veulent être suivi par une majorité de citoyens, les acteurs politiques ne pourront faire l’économie de bousculer toutes leurs habitudes, et de dépasser les discours convenus et attendus. Il faut surprendre, étonner, sublimer les esprits. Mais il faut le faire de manière continue, parfaitement claire, et à l’unisson malgré toutes les différences qui font de notre pays une nation. Tout ceci ne pourra se faire, il faut s’en convaincre, sans le sacrifice des plus anciens politiques socialistes actuels du pays.
– Mais c’est une catastrophe ! – Non, madame, c’est une révolution !

  1. Il semblerait qu’aux élections européennes de 2009, 81% des 18-34 ans n?ont pas voté.
  2. Après l’échec de la gauche aux élections législatives de 1993, Rocard prend la tête du PS à la place de Laurent Fabius. Il appelle alors à un « big bang politique » à gauche où centristes, écologistes, socialistes seraient alliés. (politique.net)

Commentaires

Marin
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Comment veux tu que je ne sois pas d’accord avec toi?
Ton analyse est parfaite..
(surtout celle du monde du travail)

Tous ces discours « politicards » dont nous sommes abreuvés n’ont aucune reelle consistance:Droite ou gauche,les gens du peuple ne voient pratiquement plus la diffèrence.Le peuple « de base » est découragé,ou il n’a pas de travail et se sent à la charge de la socièté ,ou il a un emploi,mais n’est pas payer en proportion du travail fourni alors qu’il voit des capitalistes exploiteurs se « vautrer dans le luxe ».
Une révolution des esprits,ouifaute d’une autre sorte de révolution…..Mais le faire comprendre? çà demande du temps et de la patience…Sans parler de l’indiffèrence d’une grande partie de la jeunesse…..Excuse ce com. un peu confus,mais saches que je te suis très bien dans ton exposé
F.

fantasio
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C’est quand même beau l’espoir ! :p
Ton analyse de la situation est bonne mais ton optimisme assez étonnant. Comment faire quand dans ce parti, les « éléphants » ont abandonnés leurs convictions ? Comment qualifier un « Jack Lang », un « Strauss Kahn », un « Delanoë » ? Sont-ils de gauche ? Je suis persuadé que non. A force de donner des gages au « réalisme »,à force de mettre de l’eau dans son vin, le rouge a disparu. Et je ne parle pas de Manuel Valls qui veut carrément supprimer le mot « socialisme » du parti ! Quand à Royal, elle est je crois définitivement ailleurs….
Si dans ce parti il y avait un reste de démocratie qui donnerait un peu de décision aux militants de base, cela se saurait. Quand au charisme nécessaire, il manque cruellement à nos dirigeants arrivistes mais il ne suffit pas. Seule la haine fédère les cadres du parti. En fait ils passent leur temps à se détruire mutuellement aux dépens des rares idées de justice sociale qui subsistent.
En fait je crois que le PS ne tenait que par François Mitterrand, lui-même curieux exemple de socialisme…
Mieux vaut ne pas parler des retraités de cette époque : Rocard, Jospin et compagnie, on se fâcherait ! :-/
Nan, le PS a vécu et plus tôt il disparaîtra, plus tôt une construction d’un VRAI parti de gauche sera possible. Tant que l’on ne sera pas débarrassé de ses
parvenus qui oscillent entre courtisanerie et intrigues, trahisons et tentations d’un centre droit voire même une droite dure, on ne pourra avancer.

Raoul
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Je ne sais pas si je suis optimiste finalement.
Je parle bien de révolution et du sacrifice des anciens du PS, dont ceux que tu nommes.
Et en guise de révolution, le parti risque fort de ne proposer qu’une guimauve. :-/
Ce qui est certain en revanche, c’est qu’il n’existe pas actuellement de leader charismatique au PS, qui soit connu en tous cas.
Mais d’ici 2017, cela pourrait bien arriver. Après tout, pourquoi pas ? 😀

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