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Le délit d’outrage

Sans hésitations, je pense qu’il faut contrôler en permanence les forces de l’ordre dans notre république démocratique. En effet, la force doit toujours rester sous contrôle, ne pas nuire aux plus faibles, et si l’on peut raisonnablement avoir confiance dans les institutions républicaines, il est sage de se méfier des hommes qui les servent.
Dans notre démocratie, la police est donc en permanence sous un mandat citoyen. Ainsi, la diversité d’opinion ou de culture doit être respectée et protégée. On ne pourra donc pas m’accuser de rêver d’un état policier dans lequel on ne peut rien dire. Assurément on constate actuellement en France quelques dérives inquiétantes. Le traitement de la justice laisse également songeur. Pourtant je pense que l’arsenal juridique qui existe pour protéger les uniformes, plus que l’individu qui le revêt, ne devrait pas trop être remis en cause, en tous cas pas de la manière que l’on peut lire ces derniers temps sur le Net.

justice à la française

Le délit d’outrage 1 est donc actuellement au centre de quelques débats. Étrangement, ou heureusement, ce combat est mené par des personnes qui ont eu quelques accrochages avec les forces de l’ordre. Le problème est qu’alors on ne sait plus très bien si la cause sert la vexation, ou une hypothétique avancée sociale.
Je ne crois pas qu’il soit opportun d’opposer systématiquement l’homme policier et le quidam civil de la rue. De la même manière je ne crois pas qu’il soit juste de montrer du doigt un corps de métier dont l’unique objectif est d’être au service des autres. Pourquoi en effet ce métier plus qu’un autre, et plus que d’autres qui n’ont pour objectif que de vider votre portefeuille ? Par exemple.

La police et les citoyens en France

Mon propos se confirme lorsque je pense que la société moderne n’accepte plus les contraintes collectives, et n’accepte pas l’autorité. Je pense plus prosaïquement que la politesse est quelque chose d’essentiel dans notre code de communication. Paradoxalement, alors que les moyens techniques et matériels pour communiquer entre nous sont légions et incroyablement développés, trop sans doute, l’homme moderne tend à se renfermer sur son microcosme. En fait il y a confusion entre sa volonté, et les nécessités d’une organisation sociale. Vous savez bien qu’afin de pouvoir jouir de sa liberté, il faut commencer par organiser celle des autres. Et donc la votre, a fortiori.
C’est pourquoi dans la rue, lorsque l’autorité exécute les missions sous mandat, elle se trouve aujourd’hui quasiment systématiquement confrontée à la mauvaise foi, lorsque ce n’est pas pire. Insultes, refus de coopérer, rébellions tapissent régulièrement le quotidien des femmes et des hommes qui assurent la sécurité publique. Pourtant dans l’immense majorité des cas, c’est une incivilité qui est à l’origine de la confrontation. Dans de rares cas seulement il s’agit d’une agression unilatérale policière. Ceci n’est jamais à exclure, car dans la police ce sont des hommes qui oeuvrent, et non des robots programmés.
L’erreur et l’aléa existent, d’ailleurs cela est prévu par le code pénal, qui est alors spécifiquement sévère pour le policier en faute.

Alors pourquoi vouloir dénoncer l’outrage comme étant quelque chose de scandaleux ? Dans ce cas ne faudrait-il également pas revoir l’arsenal juridique qui existe pour punir les abus des agents assermentés ? En effet, pourquoi vouloir libéraliser d’un côté, et pas de l’autre ?
J’ai même pu lire l’avis d’un collectif à ce propos, et l’occasion est parfaite pour le commenter ici.

Le délit d’outrage a pris des proportions hallucinantes alors que les plaintes déposées par les policiers le sont essentiellement pour couvrir les violences policières ou arrondir les fins de mois de certains fonctionnaires.

C’est une sacré plaisanterie cette phrase.
Bien sûr. Ceux qui disent ça adorent être insultés dans la rue, ou lorsqu’ils exercent leur propre métier. Et du reste lorsque cela leur arrive, ils ne disent rien, et tendent l’autre joue.
Non, l’humiliation vous est étrangère à ne pas en douter.
Pour vous un policier est brutal et corrompu forcément.
C’est encore plus drôle lorsque vous exigez tout des autres, et rien de vous. En ce sens l’idée même de rester courtois vous échappe, l’idée qu’un uniforme ça se respecte également. Vous ne faites pas de distinguo finalement entre l’homme et la fonction.
En fait vous ne supportez pas l’autorité. Comment ? On attaque ma liberté ? Moi qui n’ai que des droits et aucun devoir ?!
Cette logique qui est abordée beaucoup trop souvent à mon goût, c’est celle du parasitisme. Profiter à fond tout le temps de tout, sans que rien ni personne ne vienne gêner la ripaille. Car tout de même si l’outrage existe c’est qu’il a fallu trouver un moyen de réguler le flot des égocentriques de tout poil qui n’ont jamais pu intégrer que les forces de l’ordre, si elles doivent être contrôlées, et bien qu’elles soient mandatées par le vote démocratique, ne sont pas là pour brimer votre liberté, mais bien pour vous protéger. Un métier de service public, ça vous parle ?
Mais non, ça c’est un concept beaucoup trop complexe pour les apôtres du profit personnel tout azimut.

Le culte du moi dans un ensemble social qui ne devrait pas avoir d’autre objectif que de servir ses propres desseins. Bravo ! On constate aujourd’hui les résultats de ce tempérament avec la crise financière, fruit de l’audace individuelle, mais surtout de l’appétit nauséabond des business-men de tout bord. Surtout du bord ultra-libéral.

Enfin, pour en revenir à l’émergence d’une dépénalisation de l’outrage, je suis tout de même étonné de constater qu’un citoyen moderne se batte pour retirer ces garde-fous, alors que dans le même temps ces citoyens deviennent procéduriers et n’hésitent pas à saisir la justice dès qu’un de leur droit présumé, semble atteint.
Dans notre société tout va dans le sens de l’individualisation. Écouteurs sur les oreilles, écran internet devant le nez, possessions multiples au delà de nos propres capacités financières, exigences toujours plus grandes vis à vis des prestataires de services ou vis à vis de l’état.
Nous assistons à une perversion des droits de l’homme. Plutôt que de comprendre les avancées récentes en la matière comme une formidable opportunité d’agencer et d’optimiser notre tissu social, le citoyen conçoit ce progrès comme quelque chose d’utile à son propre confort, à son enrichissement propre, à sa paresse intellectuelle symbolisée par son isolement par rapport à ses congénères. « Je fais ce que je veux, fiche-moi la paix! »
C’est le temps du droit systématique pour soi-même et du déni du devoir, concept devenu absurde considéré comme liberticide. Pourtant je l’affirme, un citoyen français doit être aussi respectueux de la république qu’il est de sa famille. C’est un gage d’équité et de stabilité. Ceci bien entendu ne remet pas en cause le droit de regard sur la société. Et si l’outrage semble trop utilisé, que dire de l’insulte du citoyen qui commence pourtant par le simple doute qu’il affiche envers les représentants de l’ordre républicain ?

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Un article de Rue89 très friand de ce combat.

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10 raisons pour dépénaliser l’outrage en France selon le collectif créé pour l’occasion. Si tout n’est pas absurde, loin de là, on constate tout de même que les idées sont toujours orientées vers le profit personnel, le bien être de soi, au mépris des convictions des hommes et des femmes qui servent le pays et la loi. L’insulte est déjà là, sans qu’aucun dialogue ne soit établi entre ces citoyens et les policiers.

  1. Selon le code pénal, constituent un outrage puni de 50 000 F d’amende les paroles, gestes ou menaces, les écrits ou images de toute nature non rendus publics ou l’envoi d’objets quelconques adressés à une personne chargée d’une mission de service public, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de sa mission, et de nature à porter atteinte à sa dignité ou au respect dû à la fonction dont elle est investie.
    Lorsqu’il est adressé à une personne dépositaire de l’autorité publique, l’outrage est puni de six mois d’emprisonnement et de 50 000 F d’amende.
    Lorsqu’il est commis en réunion, l’outrage prévu au premier alinéa est puni de six mois d’emprisonnement et de 50 000 F d’amende, et l’outrage prévu au deuxième alinéa est puni d’un an d’emprisonnement et de 100 000 F d’amende.

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