Un citoyen français aujourd’hui

Être français est quelque chose dont on peut être fier. Je suis fier d’être français. Pourtant si je tente de m’intéresser vaguement à la vie de mon pays et des orientations prises par la représentation nationale – ce qui me concerne, mais aussi mes enfants – je reste sceptique, et pourquoi pas affolé.

J‘ai appris en effet que les dépenses de l’Elysée ont augmentées de plus de 8% cette année. Ce n’est pas nécessairement scandaleux, c’est sans doute assez peu intéressant, mais cela me consterne car je ne peux m’empêcher de juxtaposer à cela le discours officiel.
Ainsi, en tant que bon citoyen je devrais me serrer la ceinture, accepter une logique de reprise économique qui passe par des prétentions modérées. Je ne devrais pas exiger de l’état qu’il pourvoit à ma maladie1, je devrais être certain que je ne suis pas au chômage parce que je le veux bien 2, et si j’ai un travail, je dois prévoir d’en faire au moins deux, car un seul me ferait moins gagner d’argent que d’être RMiste 3.
Si j’étais un bon citoyen je devrais également accepter de travailler sans compter mes heures, même si je ne suis pas payé davantage, ou alors simplement en discours officiel qui prétend le contraire, je devrais accepter de travailler plus longtemps car être senior c’est un poids pour le pays, je devrais enfin accepter cette petite retraite, car vous comprenez, ça coûte trop cher et ce n’est pas compatible avec la logique du business. Du coup je ne comprendrais pas non plus pourquoi ma retraite vaudrait infiniment moins qu’un autre qui fût lui grand patron 4.

Dans le même temps il faudrait que j’accepte d’entendre un PDG d’une grande banque annoncer sans défaillir que perdre 5 milliards d’euros ce n’est rien, pendant que cette même banque perd plusieurs millions d’euros de lingots d’or en Turquie, que je comprennes cet autre PDG qui pense devoir virer 10000 personnels, tout en ayant une retraite certes forcée mais avec un pont d’or recouvert de diamants et parsemé de platine, que j’explique les 58% d’augmentation de salaire des PDG des entreprises du CAC40 en 2007 et que je paye des impôts sur le revenu alors que mon salaire tourne autour de 2000 euros par mois pendant que certains de mes concitoyens qui tournent à 200.000 euros n’en payent pas.
Alors que les coûts de santé deviennent problématiques pour ma famille et que la mienne ne tienne qu’à un fil tout comme mon job, il faudrait que j’avale l’idée qu’il faille dérèglementer le droit du travail en France comme cela avait été fait aux États Unis d’Amérique sous l’ère Reagan, ce qui a permis en plus de mettre 40 millions d’américains en situation précaire, au fabricant de l’Agent Orange et du Round-Up qui a tué tant de ses ouvriers 5, de vendre partout des graines modifiées comme bon leur semble, sans qu’on ne sache ni les tenants ni les aboutissants d’un tel prodige. Et nous d’avaler ces choses qui n’existent pas afin sans doute de mettre définitivement la balance de notre santé du côté le moins plaisant, et le plus coûteux.

Dès lors avec ces quelques éléments je me dis qu’il est vraiment compliqué d’être français. Un sacerdoce diront certains. Certes. Mais le plus dur sans doute dans cette histoire c’est de savoir que mes concitoyens qui vivent dans un des plus beau pays de monde, assombrissent leur avenir. Puis tel un homme ivre, il vote au suffrage universel, pour celui qui parle le mieux.
Ma retraite en mauvaise santé avec deux sous sera pénible, surtout lorsque j’observerai impuissant mes enfants patauger dans des sables mouvants que nous aurons si habilement entretenus et développés.
Puis les moments de répits arriveront bien, je songerai alors à l’égalité entre les hommes. Ce vieux rêve insensé qu’ont fait un jour mes ancêtres. A ce moment là, je me prends à détester viscéralement le libéralisme, cette absurde notion qui ne concerne pas les hommes, mais seulement les profiteurs les plus aguerris.

(Illustration: Grzegorz Kmin)

  1. Voir par exemple l’observatoire de l’accès au soins français. C’est ici une hypothèse de travail (j’ai la chance d’être une parfaite santé) mais pour d’autres nous sommes loin de l’exercice de style, malheureusement. Une autre source de motivations : L’appel contre la franchise.
  2. On pourra lire par exemple le discours du candidat Sarkozy à Périgueux en octobre 2006.
  3. In Ma plus belle histoire c’est vous de Ségolène Royal, p.242 – ed.Grasset 2007-XI.
  4. Ma retraite serait de 1000 euros – par exemple- par mois et d’autres de plus de 10.000 euros ? Mais qu’est ce qui peut justifier cela ? Que peut-on faire au delà de 4000 euros par mois qui ne soit pas du pur gaspillage ou de l’invention de besoin ?
  5. Le monde selon MonSanto par ARTE – 2007

4 commentaires On Un citoyen français aujourd’hui

  • Le mot « goinfrerie » s’impose désormais pour qualifier les avantages de ceux qui nous dirigent. En fait ils ne sont que les porte paroles de ces économistes ultra-libéraux qui, non contents de gagner des sommes inouïes, n’ont de cesse de démantibuler le service public soit-disant trop coûteux. Ils oublient un peu vite que seul un minimum d’équité, de sécurité, de justice peut garantir une paix sociale dont l’absence risque fort de dégénérer en climat quasi insurrectionnel dont tout le monde pâtira. Le train de vie de l’Elysée est certes en cause mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan d’iniquité dans lequel baigne la société française.
    Problème pour ces messieurs. La France n’est pas l’Amérique et notre société est très égalitaire dans ses coutumes. Le retour de bâton risque fort de faire très mal ! Le pouvoir actuel fait sien la devise « Diviser pour mieux régner ». Là ou normalement il devrait s’atteler à une réunion de tous les intérêts. Cela fonctionnera un certain temps mais il y a sûrement des limites à ce que le peuple peut supporter.
    L’opposition ne fait pas son travail de propositions qui pourrait donner un espoir à ceux, nombreux, qui refusent la logique ultra-libérale.
    Alors ces petits messieurs de droite comme de gauche risquent de payer le prix fort de leurs infamies.
    Irons-nous jusqu’aux prochaines élections ? Ce n’est pas impossible mais je n’en mettrais pas ma tête à couper. (mais pourquoi pas la leur ? )
    Il ne faudrait pas grand chose (le pétrole à 150 $ ?)pour que le ras de bol se mue en révolte.
    ………………..:|

  • J’ajouterai aussi qu’avec Chirac déjà nous étions habitué au mélange de l’argent public avec les dépenses privées du chef de l’état et ses petits copains. C’est maintenant à tous les niveaux que beaucoup d’élus se servent généreusement.
    Nous étions au mieux agacés, au pire révoltés. Mais avec la paupérisation d’une partie de la société, ce qui était inadmissible moralement devient tout simplement insupportable.
    Sarko et sa bande jouent aux apprentis sorciers. Ils cassent, pillent et sont en train de rompre le contrat social qui établissait une certaine justice de traitement entre le plus haut placé et le sans grade.
    Ils jouent avec le feu car celui qui n’attend rien du régime politique sous lequel il vit n’a strictement aucun intérêt à ce que ce régime subsiste. C’est exactement comme cela que commencent les révolutions.

  • Tout à fait, à ceci près que les banquiers et les puissances financières annexes se portent à merveille. Le cash explose, les bénéfices des très grosses sociétés sont colossaux.
    Qui se plaindrait ? Pas eux en tous cas.
    Ainsi si quelque chose devait disparaître, j’ai peur que ce ne soit pas le régime, mais peut-être le système capitaliste actuel, made in USA. Et ce constat est amer, car ce n’est plus l’ordre politique qu’il faut bousculer, mais l’ordre technico-économique. Désormais, c’est l’économiste qui décide ce que je ferai ou non demain. La pire des situations.

  • Parce que le système capitaliste est dévoyé !
    Il y a quelques dizaines d’années, un investisseur étudiait et sélectionnait une entreprise qui lui semblait avoir des capacités de développement. Il y investissait de l’argent en espérant avoir un retour et des bénéfices à terme. Il prenait donc un risque.
    Actuellement l’investisseur (ou de plus en plus des fonds d’investissements) achète tout ou partie d’une entreprise, licencie pour augmenter ses actifs, délocalise et démantèle l’établissement pour le revendre par lots en laissant l’entreprise exsangue à son sort. Au passage il empoche très souvent des aides de L’Europe, de l’état, des régions et département quand ce n’est pas de la ville.
    Bref, il ne prend aucun risque, souvent n’engage même pas de « cash » et achète à crédit. Ce n’est plus de l’investissement mais de la prédation.
    La tendance actuelle est encore pire puisqu’il s’agit de simple spéculation. Acheter du blé au du riz, provoquer une pénurie artificielle puis une inflation sur ces produits et revendre avec d’énormes bénéfices.
    A ce stade, il ne faut plus parler de capitalisme mais de véritable crime contre l’humanité.

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