La lutte des automates

Il était une fois un monde rond qui tournait étrangement et dans lequel les êtres, qui se disaient vivants, et qui l’étaient en fait sans le savoir, furent des automates.
Et ces automates qui ne voyaient pas leur fin, car il méconnaissaient leur finitude, furent éclairés par les conséquences inattendues des jours de grève.

la ville en cage

La grève. Cette chose étrange venue d’ailleurs – car ce n’est pas moi qui fait grève, mais l’autre empêcheur de tourner en rond, celui qui profite honteusement d’un système tellement favorable qu’il se sent contraint de ne pas travailler alors qu’il gagne tant. La grève, expression populaire qui n’apparut qu’après tant de souffrances et de morts, était pourtant mal appréciée par ces automates qui pensaient tourner justement. La quadrature du cercle, plus je travaille moins j’ai besoin de faire grève. Logique soufflée un matin d’élection. Et la pointe de ce triangle existentiel, je vis donc je vends, et pour me consoler j’achète, imposait sa loi, celle de l’automatisme du quotidien.

Prendre le train, le métro, la voiture pour aller vivre, donc vendre, afin in fine de pouvoir acheter, fut mis à mal un jour par des automates en panne qui jugeaient que décidément non, l’automatisme pouvait avoir ses limites.
Ainsi les autres automates durent ce jour là développer des montagnes de patience, de miséricorde et d’ingéniosité afin de pouvoir encore et ce jour là particulièrement, satisfaire leur condition mécanique inaltérable. Or dans notre hexagone, ces automates étaient chanceux. Ils ne le surent pas.
C’est parce que d’autres automates ne tournaient pas rond, qu’ils ont pu le temps d’une souffrance, cesser de tourner en bourrique afin de devenir des hommes confrontés à l’impitoyable agressivité du hasard et de l’impondérable. Insupportable mais salvateur. Car dans cette nuée elliptique des évènements qui passent et qui reviennent aussitôt, l’automate désarticulé dû cogiter.
En effet, ce n’est pas pensable dans notre monde qui tourne si bien – ou pas du tout, cela dépend simplement de quel hémisphère on perçoit la chose, que des automates viennent à briser l’anneau de l’atavisme. Comment, vous n’y pensez pas! S’ils réfléchissent, ils vont comprendre! Ils risquent de comprendre! Et c’est inacceptable dans notre triangle de vie!
On tourne en rond.

Et pourtant, n’avez vous pas eu le sentiment, entre deux pensées négatives, d’avoir pu un instant échapper à votre condition scellée, en devant vous rendre au travail, vous qui avez la chance d’un avoir un? Vous avez dû modifier vos habitudes, trouver des astuces ou prendre des vacances, râler, vous embouteiller, cela afin que coûte que coûte, travailler. Pour gagner plus ? Allez je suis persuadé que ces tracas nous ont sorti ne serait-ce que quelques temps de nos automatismes, afin de nous plonger dans l’humanité, celle des différences de conception, plus que de porte-feuille. Le vélib’ fut l’évasion des automates parisiens.

Qu’aurions nous fait d’autant d’occasions de s’élever, et qu’en feront-ils, ceux qui pensent à la place des philosophes en prétextant que le travail fut une valeur ? Pourrions-nous ces jours là, comprendre ce que nous voulons vraiment ? Et percevrons-nous notre finitude pour penser enfin à ceux qui nous révèlent ?

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