Phalanges grévistes contre milices du travail ?

Ce mois de juillet, qui en est un malgré un tour de France sous cathéters, est le théâtre d’un débat bien français : pour ou contre le service minimum. Car chez nous, on se pose encore la question, malgré notre histoire. Ces enfants morts sous les balles de l’état lors des manifestations de Fourmies seraient donc un vain sacrifice ?

Permettez-moi pour l’occasion d’utiliser une coupure de forum, les vacances que voulez-vous !

Le principe du service minimum, c’est une restriction du droit de grève. J’admets (eh oui) que ce droit soit restreint voire annulé en cas de force majeure cad quand l’élément vital est en jeu. Ca concerne les hopitaux et l’armée par exemple…
Mais les transports en commun ne me semble pas etre un élément vital. Important, c’est sur. Mais vital, non. On ne meurt pas d’une absence de bus. On est très ennuyé.
La proposition de service minimum dans les transports fait peser la responsabilité du conflit social sur les seuls salariés. Les patrons n’ont jamais tort. Seuls les employés sont pénibles et « irréalistes ». Hors, pour qu’il y ait dialogue social, il faut qu’il y ait deux parties en présence. Que les deux acceptent la discussion. Il vaut mieux donc améliorer le dialogue social, mettre en place des systèmes de prévention des conflits, avoir une politique sociale juste et équitable.

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Exactement. Car comment concilier celui qui fait grève (et qui n’est pas payé – déjà qu’il touche peu en salaire plein, donc la grève, le gars, il ne la fait pas pour vous contrarier dans votre petite vie – ) et celui qui ne la fait pas ?
Vous aller mettre des milices anti-grévistes, et des phalanges grévistes les unes en face des autres ?
Et celui qui fait grève, quelle chance aura t-il de rester dans l’entreprise, alors que son vertueux camarade aura décider, pour deux sous de plus, d’aller travailler pendant que les patrons se frottent les mains ?
Je suis très curieux de voir comment la très grande majorité des français va se faire bien escroquer sous couvert de la tranquillité, du droit au travail, de la sécurité, du gagner plus et de je ne sais pas quoi d’autre…

Lorsque l’on parcours un peu les forums du Premier Ministre, et constatez comme moi à quel point les gens ne réfléchissent qu’à travers des slogans de lessive en poudre. Les combats du passé, pour lesquels des gens sont morts, et des enfants, afin que le travail ne soit pas le purgatoire des modestes pour le paradis des nantis, sont déjà oubliés, balayés par cette certitude qu’une vie d’automate vaut mieux qu’une vie de tempérance.
C’est à vous dégoûter de l’espèce humaine. Mais heureusement que quelques uns gardent l’esprit clair.
Et la ministre du budget de citer Confucius : « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie. », devant l’assemblée nationale, devant les représentants des français – qui tous travaillent comme ils l’entendent bien entendu. C’est dommage qu’elle n’ait pas eu l’idée de citer également du même homme : « le travail est à l’homme ce que la cage est au tigre »!

Toujours dans ce débat, la tentation est forte de taxer l’autre de responsable. Vous savez, c’est ce principe nauséabond, qui consiste à élever une catégorie au statut de bouc émissaire. C’est la faute de … lorsque ce ne sont pas les étrangers, il faut chercher ailleurs. Ainsi ai-je pu lire dans les forums du Premier Ministre :

Ce sont juste les faits qui montrent que quand on demande aux francais des efforts, ce sont toujours les salariés du prive qui trinquent et ensuite on a toujours un conflit social pour appliquer les memes reformes dans le public. […] Un peu de solidarite de la part du secteur public vers les travailleurs du privé, en adoptant un service minimum, pour une fois ca ferait du bien.

J‘adore lorsqu’on tente de résoudre un problème en montrant du doigt un corps de métier ou une catégorie sociale. Quel bien étrange réflexe. A part créer de la haine ou de la peur (ce qui revient au même), je ne vois pas trop comment cela pourrait faire avancer quoique ce soit.
Surtout lorsqu’on navigue dans le mythe.
Car tout de même, je vous rappelle que les fonctionnaires oeuvrent pour les autres, que leur rénumération est inférieure, largement, à l’équivalent dans le privé, que pour certains corps de métier dont leur caisse de retraite est bénéficiaire, ces derniers du coup cotisent pour le privé (mais ça on l’oublie), que l’entrée dans la fonction publique est ouverte à tous sur concours – la réciproque n’est pas vraie.
Il est bon aussi de raconter que certains fonctionnaires n’ont pas vu leur salaire réévalué depuis 20 ans, qu’ils n’ont pas tous le droit de grève, et que certains sont corvéables à merci. Malgré les 35 heures.
Ainsi, il est bon d’être prudent dans sa haine de l’autre. Car souvent, on ignore l’essentiel des paramètres. Sans compter qu’humainement, dire que ce qui m’arrive c’est de la faute des autres, est pitoyable.

C‘est toujours pitoyable, car qu’est ce qu’à l’autre qui puisse vous manquer ? Si vous pensez ainsi, c’est que vous estimez qu’il vous manque ce que votre voisin a. Pensez-vous vraiment que de mettre « les autres » au placard, va notablement améliorer votre vie ? Et si c’était le cas, pensez-vous vraiment que cela soit juste ? Quant au droit de grève, des hommes sont morts afin que votre quotidien professionnel soit assez confortable. Les grèves n’ont pas d’autre but que d’améliorer un environnement professionnel, qui sert certes, les intérêts immédiats, mais aussi à venir. C’est comme cela que l’on construit une société qui progresse, et non sous le régime de la spoliation au profit des plus forts.

1 commentaires On Phalanges grévistes contre milices du travail ?

  • Je suis assez pessimiste sur ce problème. D’ailleurs la loi vient d’être votée. Ce qui n’est pas scandaleux dans cette loi, ce n’est pas l’obligation d’un vote (secret) au bout de huit jours de grève, c’est de se déclarer deux jours avant une grève avec interdiction de changer d’avis (de non-gréviste à gréviste et non l’inverse bien sûr). C’est une restriction de ce droit acquit inadmissible.
    Mais le plus grave, c’est que les personnes concernées n’ont pas l’air de réagir. Je pense qu’il y aura quelques petites réactions sporadiques à la rentrée mais pas de mouvements structurés et suivis de la part des syndicats. Syndicats assez silencieux d’ailleurs…
    Les gens ne veulent plus perdre d’argent en faisant grève. Comme si sans lutte un droit quelconque à déjà pu être arraché !
    On verra bien, de ci de là, quelques protestations et mouvements minoritaires, mais sans doute très réduits et surtout très catégoriels. Or pour gagner un droit nouveau (ou pour en garder un ancien) c’est un mouvement général qui est nécessaire.
    Quand la majorité des français va se réveiller, il sera sans doute trop tard et les salariés, saucissonnés entre les crédits, qui les ligotent littéralement à leur poste de travail, et les restrictions de leurs droits auront vraiment du mal à faire entendre leurs voix et à gagner un combat quelconque.
    Il faudra inventer d’autres systèmes de lutte. Et ceci assez vite sous peine de … révolution.

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