L’homme domestiqué

Il semblerait que la classe moyenne1 en France représente 50% des français. Avec un salaire net mensuel moyen de 1900 euros. Cette classe de population serait en pleine crise2. La question que je me pose est donc la suivante: qu’est-ce qui justifierait un mal être chez ces français qui ont au moins une voiture, un toit et de quoi rester en bonne santé ?

la classe moyenne dérape

Vous ne trouverez aucune réponse scientifique à cette question. D’abord parce que ce qui intéresse les chercheurs, ce sont les minorités (et c’est là un grand mystère), ensuite parce que je pense que c’est davantage du domaine de la psychologie (particulière sans doute mais surtout collégiale). En observant, sans concession, notre monde, comme j’ai pu déjà le dire ici, on s’aperçoit que celui-çi n’existe que parce que l’homme l’achète. Sans quoi, vous comme moi, pourrions vite croire qu’il n’existe rien, ou en tous cas, nous ne serions qu’en faire. Pêche, chasse et cueillette sont d’un autre temps. Tentons l’expérience, nous trouverions vite des chasseurs, des pêcheurs ou des « cueilleurs » qui en feront plus que nécessaire, afin d’ouvrir un commerce. Et tout recommencerait.

Ainsi, ce monde construit, élaboré et acheté, ne peut évoluer que si l’on entretien le besoin. Vous voilà alors en train de regarder ces pubs à la télé ou dans votre magasine préféré. Et l’envie de se rappeler à vous. Il faut donc plus pour exister ! Il ne suffit pas se contenter d’une vague télé, même si elle marche parfaitement, mais plutôt de prendre ce bel écran plasma, combien même il serait beaucoup trop grand pour la pièce à laquelle il était destiné. Et si vous pensez que ce n’est pas utile, le travail fait en amont sur vos enfants, achèvera définitivement votre comportement consumériste.
La domestication de la classe moyenne, se fait donc à tous les niveaux, familial, professionnel (contentez vous de travailler juste ce qu’il faut, vous aurez des surprises … ou en tous cas vous ne serez pas augmentés), et enfin à un troisième niveau inquantifiable, celui du brouhaha intellectuel. Cette rumeur persuasive, qui vous calibre le bonheur.
Ne tentez pas d’imaginer le vôtre, « les autres » travaillent pour vous. Et qui travaille pour eux ? L’appât du gain bien entendu !

De la culture de la classe moyenne

La classe moyenne a le spleen parce que ceux qui sont au dessus, qui ne sont pas nécessairement plus heureux, dépensent davantage, et imposent le standard du confort, de la réussite, de la belle vie.
Cet exemple apparaît ainsi comme dévaluant. Son ignorance rétablirait le juste standard du bonheur, celui de pouvoir acquérir simplement de quoi manger, de quoi se déplacer et de se loger. Ce dernier impératif n’est aujourd’hui même plus possible, car ceux d’en haut, s’amusent en spéculant sur l’immobilier. Ils s’enrichissent en faisant payer davantage ceux qui cherchent l’accession à la propriété. Et les gens des classes moyennes n’ont plus qu’à se désespérer des prix incroyables! Pour se déplacer, ce fut d’abord un luxe3, puis dans les années 70-80 cela devînt accessible à tout le monde. Mais notre système étant ce qu’il est, la voiture voit son prix doubler en moins de 30 ans. Souvenez-vous de la R5 d’antan, et achetez maintenant une Clio! Reste enfin l’impératif de se nourrir. Oubliez le restaurant, c’est un luxe, et achetez-vous des produits frais. Avec un prix au kilo qui à plus que doublé en 20 ans, les fruits se feront rares sur votre table. Quant au reste de l’alimentation, beaucoup d’entre-nous devrons se satisfaire de produits élaborés, cuisinés pour nous, au prix absolument prohibitif, qui fera du budget alimentation le premier budget du foyer. De toutes manières si vous mangez beaucoup et à faible coût, vous allez prendre du poids, et comme cela sort du standard du bonheur élaboré par « les autres », vous devrez faire un régime déprimant puis coûteux. Tout en étant déprimé, vous vous réfugirez alors dans les fringues, et dépenserez une fortune en bouts de tissus, que « les autres » s’empresseront de démoder l’année suivante.
Diable, on ne s’en sort pas! Ben non, pas ainsi.

Avec cette logique de la maîtrise de l’envie dans les trois domaines clés d’une vie ordinaire, l’unique alternative devrait être la lucidité, la tempérance et l’indépendance intellectuelle. Mais pour cela, il faudrait que tout le monde s’y mette. L’homme ne vit pas seul en société, même s’il le voudrait, sa volonté n’est jamais à toute épreuve et son apprentissage délicat. Pourtant, un peu de lucidité serait un excellent début, et de meilleure augure pour nos enfants. Certains en ont, heureusement, et ils nous le disent, charge à nous de les entendre et de fuir les imitations du bonheur4.


la.gif Un article sur les classes moyennes dans Le Monde Diplomatique.

  1. Il n’existe pas de définition standard de la classe moyenne. Voyez ce document de Louis Chauvel, Sociologue, Professeur à l’IEP de Paris, membre de l?Observatoire du Changement Social.
  2. In Le Nouvel Obs daté du 8 décembre 2006.
  3. C’est alors l’effet de la nouveauté, du manque de concurrence, de demande et ainsi d’une faible production. Un coût alors tout à fait logique.
  4. La dernière imitation en date, le low cost. Plutôt que de reconsidérer nos repères, on les tronque, on imite, mais on ne règle rien.

4 commentaires On L’homme domestiqué

  • Pour une analyse sur la « destruction » de la classe moyenne voir mon site et mon livre… Qui rejoignent en partie vos propos.

  • Votre analyse est pertinente, bien qu’incomplète. L’homme domestiqué ? Mes chiens que j’ai choyé étaient considérés domestiqiués quand je pouvais leur retirer leur nourriture ou celle de leurs petits sans me faire mordre. Ou bien donner une portion de leur nouriture à un autre chien inconnu sans qu’ils l’attaquent. Ensuite, je dressais ces animaux pourqu’ils puissent aller et venir à leur guise, sans devoir les enfermer : les « socialiser ». L’avantage, c’est de vivre en paix, et pour soi, et pour eux, et pour les voisins.L’être humain conserve une forte portion d’animalité qu’il appartient à chacun sinon à la société de gérer. Les premières phases de la vie concictent en la domestication, et l’instruction. L’évolution et la maturation qui s’ensuivent sont liées au potentiel éducatif de chacun, qui est fortement différent d’un individu à l’autre. Quand il n’est pas cultivé, ou qu’il est faible, on en reste à la domestication. C’est mieux que rien, ça permet la paix. Sinon, allez vivre en Afrique, aux USA, en Russie, en Chine et faites nous part de votre exprérience. Les nations, les civilisations, les cultures, expriment des capacités très différentes de ce point de vue. Les soldes migratoires des pays en témoignent, sur le marché international de la recherche d’un cadre de vie, où s’exprime également un consumérisme exacerbé, qui non seulement ne véhicule plus la culture du pays d’accueil qui en a fait un pays attractif, mais bien souvent la combat de l’intérieur, tout en exploitant ses fruits. La domestication des autochtone non éduquée consiste à anoner les mêmes slogans de conditionnenemnt à l’acceptation, à craindre de s’exprimer. Comment voudriez vous leur déléguer la responsabilité d’un outil de création de richesse ? Combien de temps leur faudrait-il pour le couler ? Comprenez que le mode de création de valeur devient de plus en plus exigeant quant à la gestion de sa propre personne, de son mental. Internaliser des populations étrangères, ou externaliser la production, revient à une illusion de richesse à court terme (quand on brule ses meubles on a chaud, et on ne consomme plus de gaz), mais détruit les outils de production, de conception, et d’évolution à moyen et long terme. Si bien que les leaders devront échapper aux prélèvements sociaux (cf USA, UK, SUisse, et autres pays avancés), sinon ils partiront et on verra les brevets, les découvertes, les procédés, méthodes et inventions que les autres pourront mettre en oeuvre pour ne pas devenir un pays de sous traitants destiné à accueillir les risque des compagnies étrangères florissantes….Etudiez donc la chute de l’empire romain, et l’histoire en général, de préférence dans les travaux de recherche plutot que dans les manuels scolaires de domestication…. seulement si vous acceptez la charge d’assumer la vérité et de dominer l’animalité, bref la reponsabilité d’un être humain

  • Tout ceci est bel et bon et rejoint tout à fait mes propres positions sur la question. Tout ce qui m’importe aujourd’hui, c’est de savoir ce qui sera l’élément déclencheur de la révolte, si toutefois révolte il peut y avoir ! En effet, tout en nous empêchant de réagir par la peur de perdre le peu que nous avons (emploi, un toit sur la tête, un peu de mauvaise nourriture dans l’assiette, sécurité sociale en déficit – déficit encore fabriqué de toutes pièces – etc…) paradoxalement, on nous fournit les armes pour nous rebeller chaque jour dans les actualités désastreuses au niveau de la France comme au niveau mondial. Bien sûr, on nous montre la misère qui existe chez le voisin afin de nous culpabiliser de manger chaque jour à notre faim sans mettre le doigt sur le fait que la misère existe aussi chez nous. Les chiffres en constante augmentation des nécessiteux de toutes origines dans notre pays, auprès des organismes caritatifs et sociaux, sont là pour nous le rappeler. Mais bizarrement, cela ne fait bouger personne. L’égoïsme qui est actuellement la règle nous empêche de lever le petit doigt. Nos aïeux qui ont fait le Front Populaire doivent se retourner dans leur tombe et ceux qui restent ont sombré dans l’Alzheimer !!! Je ne peux développer ici tout ce que je pourrais dire sur le sujet, mais ma foi, nous sommes mal partis, nous qui laissons nos politiques de tout poil se gausser du peuple en ratissant large dans les caisses du pays avec l’arrogance qui les caractérise, en se gaussant de ceux qui ne peuvent même pas donner le nécessaire à leur famille en parlant de l’élite de la France « d’en haut » et de la France « d’en bas ». Ceci dit, merci d’avoir mis le doigt sur ce problème qui résume assez bien le problème de notre époque concernant l’assujetissement, non seulement de la classe moyenne, mais de tout ce qui n’appartient pas à l’élite de ce pays. :’(

  • La tempérance arrive toujours tôt ou tard, soit après un coup dur, soit par sagesse (ce qui est plus rare) . Ceux qui s’occupent d’attiser nos envies ne sont pas les mieux armés pour l’avenir… Tout abus a une fin .

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