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La grande illusion

Il est très confortable de s’auto convaincre que nous vivons dans une belle démocratie.
A l’instar du dernier roman de José Saramago 1 un peu de lucidité ne nous ferait sans doute pas de mal.
Reste à savoir ce que l’on préfère, le doute, ou l’illusion ?

la grande illusion

Le premier exemple actuel de cette fuite de notre démocratie vers le tout n’importe quoi, vers un grand machin infernal dans lequel seuls comptent les résultats, les chiffres, les retours sur investissement, est la politique intérieure. Il faut des résultats pour la Police. Pire, du rendement. Fonctionnaires, faites votre travail suffisamment pour contenter ceux qui tiennent les cordons de la bourse. Et comment faire ça ? Et bien ayez des résultats. Étrange concept que de récolter des résultats sur de l’impalpable. Ainsi, dans la rue, ces fonctionnaires doivent oeuvrer dans le répressif. Comme si cela pouvait constituer un objectif en soi. Et dans cette idée, si par exemple les policiers ramènent trop de chiffres dans un domaine particulier (les stupéfiants par exemple), il leur est demandé de cesser le travail dans ce domaine, et d’oeuvrer dans un autre 2. Et là on arrive à un véritable scandale dans notre république. Le politique décide de ce qui se passe, à la place de l’événement en lui même. L’homme créé ainsi l’événement, par le diktat du chiffre. Nous rentrons ainsi dans une logique de mensonge, de contre vérité, ou de vérité artificielle.
Plutôt que de servir à améliorer un quotidien, les gestionnaires imposent un environnement artificiel dans lequel rien n’est résolu, mais tout est quantifié.

Comment pensez-vous que cela se traduise dans notre quotidien ? Actuellement nous avons les prémices d’une catastrophe annoncée. Les banlieues sont irritables, les fonctionnaires de police agacés, les affrontements plus ou moins directs augmentent. Comment voulez-vous, on ne presse pas impunément le citron aux gens responsables de notre sécurité. A trop déshumaniser ce travail, on créé nos futurs problèmes. La pression exercée sur les patrons policiers, a pour résultat un comportement moins serein sur le terrain, et à des heurts inévitables. La sérénité ne se quantifie pas. La quiétude non plus. Donc ce n’est pas intéressant pour nos politiques actuels. C’est totalement aberrant, et particulièrement dangereux. Et je prédis d’amères catastrophes dans un avenir proche. (Je ne suis pourtant pas devin)

Notre démocratie n’est pas seulement blessée par ce côté là de notre société, elle l’est encore davantage par son asservissement à l’ordre économique. Pascal aurait pu parler d’un comportement ridicule, mélanger les ordres c’est ridicule. L’ordre politique ne doit pas être une réponse aux volontés de l’ordre économique. Or nous sommes désormais plongés dans une démocratie économique. Et non plus républicaine. Quelle valeur peut donc avoir encore ce mot, démocratie. Vous avez une preuve directe de ce comportement par les résultats sociaux de l’application des 35 heures. C’est au départ une bonne idée, partager le travail pour que tout le monde puisse travailler. Au lieu de cela, puisque l’ordre économique gouverne, le rendement est recherché, la précarité s’installe. Pas d’emploi et davantage de précarité. L’exact opposé des objectifs souhaités.

Je pense donc comme le prix nobel de littérature José Saramago, qu’il est temps de hurler pour que l’on nous rende la démocratie. Et cela doit se faire à tous les niveaux : la réhabilitation d’un vote significatif comme par exemple le vote blanc, la réduction réelle du temps de travail afin de la partager, la main mise de la politique sur l’humanisation de notre société. Ainsi elle devrait être régie davantage par le verbe et la philosophie que par le chiffre et l’économie. Mais là, cela demande à l’homme de se surpasser, de penser moins à son confort et davantage à celui de son prochain.

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Un article d’André Conte-Sponville sur les ordres Pascaliens

  1. La lucidité (Seuil, octobre 2006) – titre original : Ensaio sobre a Lucidez (2004)- Portrait de l’écrivain
  2. Vous me direz, sur quoi fondez-vous ces affirmations. Certes. Je vous mets au défi de trouver sur le Net des données fiables à ce propos, je vous demande donc de me croire sur parole! Ces affirmations, qui n’engagent que moi, sont le résultat d’entretiens avec les acteurs dans ce domaine, et très récemment.
    Faites votre propre expérience, interrogez les fonctionnaires de police …

Commentaires

marieln
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Amen !

Travailler au résultat c’est avoir le nez dans le guidon, ne pas avoir d’autres perspectives qu’à 3 ou 5 ans. Alors que tout bon conducteur sait que pour bien négocier la route il faut avoir les yeux fixés sur la ligne d’horizon plutôt que sur le bout du capot.

marie-christine
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Je pense que le système idéal, c’est l’anarchisme . Mais pas l’anarchisme dans le sens péjoratif du terme . C’est un style de société où chacun sait se comporter de manière responsable, respectueuse de l’autre, où chacun a sa place reconnue, son rôle à jouer, où chaque compétence est exploitée pour le bien de tous . Ainsi pas de malhonnêtetés, pas de velléités de ruses ni d’entourloupes, pas de tromperies, pas de mensonges à l’autre ni à soi-même . Une société où chacun sait ce qu’il a à faire n’a plus besoin de toute une hiérarchie écrasante de contrôleurs, de vigiles, de policiers, d’inspecteurs, de chefs et de sous-chefs, de caméras de surveillances, de tout ce fatras écrasant et abrutissant de moralistes douteux au-dessus à sa tête .
Il suffit de quelques guides éclairés, en haut lieu, pour donner l’orientation générale et tout roule et évolue de manière plus sereine, plus harmonieuse, plus solidaire, plus utilement créative .
Mais déjà le mot est lâché : utopie ; je sais .
Pourtant ce n’est pas une utopie pour tout le monde . C’est une utopie pour ceux qui ne sont pas prêts à lâcher leurs privilèges et leur égoïsme ; ça l’est aussi pour les pessimistes qui ont perdu l’espoir d’une société plus juste (mais ceux-là sont-ils prêts eux-mêmes à faire l’effort de lutter contre ce sentiment qui freine tous les élans ?) ; sans oublier ceux qui placent leurs illusions dans les miracles de la science et de la technologie .
En conclusion, une société acceptable est une société où chacun travaille sur soi pour éliminer les démons qui l’habitent : jalousie, rancune, désir de domination, colère, cupidité, orgueil, complexe d’infériorité … Tous ces dérivés de la peur qui sabotent nos relations au quotidien, nous empêchent d’agir en adultes et nécessitent donc des lois à n’en plus finir .
Mais la vraie sagesse va de pair avec la patience . Celui qui a le nez dans le guidon , comme le dit si justement Marieh dans le précédent commentaire, veut des résultats immédiats, il ne peut donc pas avoir une vue d’ensemble sur les grandes mutations humaines, sur les tendances qui se dessinent, sur les élans qui se profilent, sur les énergies toutes neuves qui sont déjà en marche derrière le voile des apparences .
J’ai confiance . Je ne vise pas particulièrement ma petite personne pour voir les choses s’améliorer ( même si je ne fais pas partie des nantis) mais j’attache la plus grande importance à la direction que prend notre humanité en général . Soit nous allons de plus en plus vite droit dans le mur, soit un nombre croissant de personnes dans le monde commence à prêter une oreille attentive aux voix de sagesse qui s’élèvent et se lèvent ça et là : philosophes, sociologues, écologistes, astrophysiciens, artistes, écrivains, humanistes…qui ont en commun une certaine idée de l’essence de l’homme, une certaine transcendance . Et comme nous sommes en manque de transcendance, en panne de cet idéalisme qui transporte le coeur et soulève des montagnes, ça tombe bien !

Francis
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Evidemment,vous qui me connaissez vous savez que j’adhère à la vision de Marie Christine ci dessus:L’anarchie,l’absence
de « chefs du gouvernement » est la seule solution à un renouveau d’une socièté rèellement dèmocratique:le peuple
souverain.Parcontre,ce système implique liberté d’expression,
tolèrance,respect de l’autre:Chacun y aurait les mêmes droits
mais aussi les mêmes obligations:Donner, chacun selon ses
connaissances et possibilités,sa contribution à la communau-
-té.La valeur dominante ne serait plus le profit,mais l’Amour,
le bien de tous.Là encore,il faudrait admettre que chacun a un
rôle à jouer dans une telle socièté.La femme serait reellement
l’ègale de l’homme et l’enfant,surtout l’enfant la « racine  » de ce
genre de socièté idèale,puisqu’il devrait la faire èvoluer dans ce
sens………..(On peut tjrs rèver)……Certains dans le passé,que
ce soit Jèsus,Proudhon,Bakounine(??)où les « hippies » lol etc..
ont tenté,de rèpandre,de mettre en pratique ces idées….
Mais la puissance du capital du dèsir de dominer quasiment
inhèrents à l’homme « social » n’a jamais été « vaincue ».

oggy
Répondre

La lassitude et la désillusion sont déjà une catastrophe sournoise et dangereuse à long terme pour les Français. XX(

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