Les faucons à l’assaut du réseau

Ainsi que je l’avais prédit 1, le Net se trouve actuellement au centre d’une tempête. Celle bien connue, mais tous les jours redécouverte, de la prise de conscience de l’imperfection humaine. Internet devient de fait gênant. Pire, c’est un espace libre et ouvert où chacun a initialement une place équivalente. Cette notion d’équité imposée semble insupportable pour quelques français. Principalement ceux qui ont généralement accès aux vitrines médiatiques classiques et sélectives et qui tentaient de nous vendre leur supériorité.

internet accusé

Internet devient effectivement une chose horrible. Ce que vous exprimez se diffuse infiniment sur le réseau, et tout être humain connecté pourra l’identifier, l’interpréter et le critiquer. Imaginez que vos tourments, vos peurs, ou vos certitudes comme vos talents, ne restent plus l’exclusivité de votre propre évaluation. L’homme que vous êtes devient universel, soumis à l’appréciation collective. Vous ne vous appartenez plus, mais restez pourtant vous-même. Lorsque l’on est bien dans sa peau, si on a la chance par exemple d’avoir analysé ses quelques tourments auprès d’un professionnel, ces choses là n’ont pas de conséquences particulières sur votre sérénité. Vous demeurez ataraxique.

Absurde procès d’une époque éphémère

Le problème, c’est que vous n’aviez peut-être pas sollicité cette diffusion. Vous êtes un homme public, et vous dites à un moment, ce qui vous passe par la tête. Vous êtes comme tout le monde, parfois vous dites des bêtises. Voici alors souffler le vent de la critique qui vient vous fouetter le visage mais surtout votre égo, sorte de punition collective d’un moment personnel d’égarement, somme toute légitime la plupart du temps. Seulement voilà, vous êtes un homme public (ou une femme d’ailleurs), et votre humanité toute nue apparaît insupportable. Vous ne choisissez pas  qui vous êtes, d’autres le font. Internet est alors un miroir, et il devient pour vous un réseau nauséabond où médiocrité et bassesse humaine s’épandent.

Pourtant l’espace d’un instant, désormais suspendu au réseau, vous n’étiez que vous-même. Être simplement un humain vous semble à ce point détestable ? A moins bien entendu que le reste du temps vous ne jouez qu’un rôle de composition. Supercherie ? Voyez-vous, Internet est intransigeant parce qu’ il ne ment pas longtemps. Certes vous trouverez beaucoup d’informations déformées voire fausses. Cependant l’expérience montre que lorsqu’une société s’organise, le favorable l’emporte toujours. Le réseau adopte cette logique, voyez Wikipédia ! Si ses pages sont parfois démantibulées et orientées, au bout d’un temps relativement court, l’information fiable prend le dessus. La somme des bonnes volontés dépasse alors celle des mauvaises. Si vous doutez d’une information, vous posez la question dans un forum et on vous répond. In fine vous trouvez un début de réponse acceptable.

De toute évidence, Internet n’a pas vocation à être une université permanente. Le réseau ne se substitue pas encore aux bibliothèques, ni aux professeurs. Si vous écoutez certains, il est scandaleux que l’on puisse trouver de fausses informations. Et pourquoi pas ? Connaissez-vous un village sur cette planète dans lequel tous ses habitants ne disent que des choses vérifiées et justes tous les jours ? Voullez-vous également mettre au pilon tous les livres de contes ou d’histoires fantastiques ? L’ esprit critique n’est ainsi pas une résultante de votre activité sur le Net. Il s’acquiert bien avant, par l’éducation et la connaissance, puis vous faites bénéficier de cette faculté au réseau.

La connaissance est une nécessité collective. L’égalité de l’apprentissage n’est pas remise en question en France, et pourtant nos politiques vilipendent le pouvoir de commentaire des citoyens. En effet, si chaque citoyen s’exprime, à sa mesure, on parle de démocratie débridée. Diable ! L’égalité devant la parole serait-elle dangereuse ? Voudrions-nous nous faire croire que d’écrire sur le réseau, c’est comme émettre une motion de censure au parlement ? Certes ces hommes craignent la rumeur persistante, l’opinion volatile, voire le lynchage. Pourtant ils sont moins frileux lors des multiples promesses électorales. S’ils estiment que le peuple fait fausse route, n’est-ce pas à eux de rectifier cela ? En parlant sans cesse, et bien entendu en le faisant dans un système qui n’est pas automatiquement complaisant, comme sur le réseau internet. Quant à l’idée de lynchage,  je crois bien que les peuples n’ont pas attendu le réseau pour cela, à la différence près, peut-être, que ce fut auparavant les élites qui s’en chargeaient.

Aujourd’hui vous avez ainsi des élites qui refusent toute idée de partage du pouvoir de la parole. Ce pouvoir était leur pré-carré, il ne l’est plus, ou moins. Ils pourraient pourtant s’adapter au réseau. Ils ne le font que très superficiellement et préfèrent dépenser leur énergie à le contrer, puisque ce nivellement égalitaire leur est à ce point insupportable. Il n’est pourtant pas raisonnable d’imaginer que l’homme ne parle que pour dire des choses sensées ou décisives. Même si ce nouveau brouhaha est assourdissant, c’est le reflet de l’homme. Ce que vous dites, faites ou écrivez, que ce soit sur un support papier ou sur un écran, reste ce que vous êtes. Si vous ?uvrez dans l’idée de partage, sans notion de supercherie, ni de convoitise, le réseau n’est qu’une simple extension de vous-même.
L’enjeu d’internet c’est la nécessité pour tous les hommes, et surtout ceux qui ont le pouvoir, de s’adapter à un système qui révèle votre vraie nature, que vous le vouliez ou non. Tenter le procès d’internet ce n’est que révéler les maux de notre société qui veut aller vite dans le parfait, dans le  profitable, à des fins de domination. Ce qui contrarie nos élites sans doute c’est que notre époque, où le bonheur éphémère des uns se fait par le malheur permanent des autres, trouve avec le réseau un complice dans la révélation des êtres et dans la lutte contre les jeux de pouvoir.

Personnellement je suis plutôt inquiet de la tentative actuelle, et mondiale, de récupération d’internet, de l’opposition à sa neutralité.  Même si cela semble impossible (et ça l’est vraisemblablement), émettre l’idée de brider le réseau ou de le contrôler, serait un aveu évident de rupture dans le progrès des sociétés occidentales. Ce serait parier sur un avenir dans lequel l’individu finirait encadré en permanence, et sur une perfection de l’homme public. C’est un pari risqué et la certitude de progrès bien lents dans la marche démocratique des pays.
Actuellement, l’espace ouvert qu’est le Net doit résister aux esprits clos des hommes d’influence ordinaire. Nous assistons sans doute à une étape dans l’évolution de notre société dont nous sommes tous les acteurs.

  1. Ce qui ne constitue pas un exploit je précise de suite – cela fait un peu présomptueux comme intro, mais la ficelle était trop belle. Internet se développe, les hommes s’adaptent dans l’indifférence, cette adaptation touche le pouvoir et les décisions, d’autres hommes réagissent. Le principe du balancier en somme.

5 commentaires On Les faucons à l’assaut du réseau

  • Je ne sais pas s’ils y arriveront mais ils vont tout faire pour bcoureur ou contrôler le net. Le segmenter en tranches payantes serait un bon moyen pour parvenir à Une censure déguisée. Une chose est certaine: ils ne resteront pas les bras croisés. La finance capitaliste Grande, Comme les dictatures assumées ou pas ne supportera pas longtemps cet espace de liberté ALORS QUE CES Mêmes Libertés Sont partout en régression.

  • C’est vrai qu’un pareil espace de liberté peut faire peur, pour ceux qui tentent l’exploitation des hommes à leurs propres fins.
    Il y en a qui font encore plus fort !
    Un député UMP propose de « nationaliser le réseau » ( http://mytwit.fr/19 ) sous prétextes « Qu’aujourd?hui, le réseau Internet est totalement pourri ».
    A l’écouter, on constate rapidement qu’en fait il n’y connait strictement rien, et que ses actions avec le Net, ont du se limiter aux courriels. (Ou alors un mauvais rendez-vous sur Meetic ?)

  • :)) Oui, là on a manifestement à faire à un guignol…
    N’empêche que ça montre bien l’état d’esprit de beaucoup de politiques. Un tel espace incontrôlable est inadmissible.

  • Cela dit lorsqu’on voit qui est ce député, on comprend mieux.
    Député des Yvelines et maire de Maisons-Laffitte, Jacques Myard est membre de l’UMP. Il est l’auteur d’une proposition de loi (n° 1121), où il propose 15 000 euros d’amende pour toute femme qui porte la burqa. En cas de récidive, il propose un an de prison et 30 000 euros d’amende. Et si elle n’est pas Française, il propose une reconduite aux frontières par décision ministérielle.
    Il avait même assimilé la femme en burqa à une prostituée.(voir l’article).

  • Ouais… le gros con parfait, preuve vivante que le FN a largement influencé voire infiltré l’UMP.
    🙁

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