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Réforme : une pathologie politique

35 dépôts de plaintes ont été déposés cette semaine à l’encontre du ministre de l’éducation nationale. Le motif légal invoqué est « faute et défaillance du service public ». Sans considérer la recevabilité de la plainte, il peut être intéressant après moult réformes engagées de se poser des questions essentielles. Y a t-il actuellement un risque avec cette politique du résultat immédiat, spectaculaire sans doute, efficace peut-être ? Le service public n’est-il pas une notion tellement facile à détourner que cela puisse induire au bout d’un moment une défaillance générale ? (Illustration Erik Johanson)

Si l’on considère l’éducation nationale, même si on comprend qu’il n’est pas raisonnable de laisser en l’état au fil des années un système aussi complexe comme important, l’électeur attentif peut néanmoins être surpris par la  réformite aigüe qui touche tous les gouvernements sur ce dossier. Dernièrement, on peut dire que le chantier est titanesque. A tous les niveaux, de la maternelle à l’université, des réformes ont été engagées 1. Elles ne sont pas mue véritablement par un besoin impérieux, parce qu’après tout la France arrive à former de bons techniciens et de bons ingénieurs, qui ont assez souvent l’occasion de vendre leurs talents à l’étranger. Ceci ne doit certes pas exclure la volonté d’adaptation, mais on comprend assez mal que celle ci se fasse à tous les niveaux de l’organisation, au point de constater in fine, que des élèves n’ont pas de professeur pendant un mois faute de remplaçants. En admettant que la réforme soit nécessaire, elle devient caduque si l’essentiel, un prof pour une classe de taille humaine (en dessous de 30 élèves), n’est pas respecté. L’état ne peut pas s’abriter raisonnablement derrière le paravent de la nécessaire réforme, surtout lorsque certaines d’entre elles prévoient la gratuité de la scolarité dans les écoles françaises à l’étranger. C’ est consternant lorsque l’on connait le profil des familles expatriées, qui ne sont probablement jamais touchées par l’échec de scolarité, ni la précarité. Les primes d’expatriations y pourvoient en effet largement, et le profil de métier reste de haut niveau la plupart du temps.

Au cours des réformes, y a t-il faute et défaillance du service public ?

Si l’on considère ensuite les hôpitaux et les services de santé, on constate dans ce domaine des dysfonctionnements. Les équipes médicales sont de premier ordre, mais elles sont insuffisantes en nombre, mal payées, et inéquitablement réparties sur le territoire national. Il ne peut en être autrement, car la réforme passe par là. Ce sont les gestionnaires qui tiennent la barre, et loin de considérer le territoire dans ses particularités, ils ne considèrent que la rentabilité. Comme si en matière de santé, on pouvait être rentable. On peut en effet être épouvanté de voir qu’en 2010 des femmes risquent d’accoucher chez elles, faute de maternité de proximité. On regrettera également que l’état soit d’une part contraint de dépenser énormément d’argent pour une prophylaxie globale (pour la grippe A – alors que celle qui existait autrefois aux frontières a été arrêtée), et d’autre part de commander de service des infirmières (ou infirmiers) et médecins déjà surchargés de travail, mais oubliés le reste du temps.

Cette notion tiroir de rentabilité se retrouve également pour le service public de sécurité, police et gendarmerie. La RGPP prévoit la suppression de postes afin d’alléger les dépenses de l’état. Si la méthode est contestable, on peut imaginer que ce n’est pas totalement idiot. Pourtant ces réformes coûtent en définitive une fortune (étrangement ce n’est ni chiffré, ni diffusé et encore moins débattu), s’accompagnent d’errements inquiétants, les effectifs baissent, mais les missions augmentent, et les exigences supplémentaires politiques nourrissent une artificielle et malsaine ardeur au travail, tout comme les habituels excès que cela implique. Ainsi les décideurs politiques ou professionnels, n’hésitent plus à parler de rentabilité dans les missions de police de d’ordre publique. On comprend qu’associer cette notion avec celle de la répression a de quoi faire peur, surtout en république.
En outre sur le terrain l’expérience montre que c’est le personnel qui récupère la lourdeur de la réforme à son compte, afin d’offrir au public les meilleures prestations dont ils savent être capables.

C’est le grand problème de l’argument politicien de la réforme du service public. Les fonctionnaires sont globalement aux ordres, et comme leur statut impose la retenue, il est facile d’agiter le spectre électoral de l’économie d’échelle. Ainsi, plutôt que de constater les résultats de cette énorme énergie dépensée (à la hauteur de l’impact financier), on ne remarque que l’impact humain de ces décisions. Cet impact n’est pas positif. En effet, si les suicides de France Telecom ne sont pas supérieurs à ceux des autres corps de métiers, on peut se demander dans quelle mesure les conséquences de ces réformes ont été mesurées. Est-ce que le fonctionnaire a été pleinement considéré comme un homme, ou comme un numéro de livret de traitement qu’il faut alléger ?

Finalement l’impression que laissent de telles réformes, c’est qu’elles engagent des sommes énormes afin de réaliser l’amorce d’un changement hypothétique, et que ce sont les hommes et les femmes à la base des métiers du service public qui supportent cette charge, en s’adaptant à des conditions de travail qui ne s’améliorent pas. Dans le même temps, la lisibilité de l’efficacité de ces réformes n’est pas claire, voire annonce de futurs désastres.
Le choix politique qui consiste à commencer les réformes avec des suppressions, financières ou de postes, semble être celui de la facilité. C’est le grand jeu du crayon et de la gomme, à la différence près que l’on parle de vies, et de défaillance du service public. Cependant ne vous y trompez pas, ces défaillances ne sont pas évidentes partout, puisqu’à chaque fois, c’est la conscience professionnelle des agents du service public qui pallie la médiocrité des décisions politiques. Le gouvernement actuel va assez loin dans sa logique, puisqu’il n’hésite pas à augmenter certains traitements de fonctionnaires afin de les faire taire (donnez un os à ronger vous aurez la paix), tout en préparant de l’autre côté une réforme des retraites majeure qui risque bien d’assombrir les vieux jours des fonctionnaires actuels et futurs.
On ne le répètera jamais assez, l’indépendance des fonctionnaires, donc leur sérénité et leur efficacité, est le prix à payer pour une république saine éloignée des flux financiers et donc des notions de rentabilité. La qualité de service public français n’est plus à démontrer, il est sans doute regrettable que les dirigeants du pays n’en soient pas convaincus. Ou bien est-ce parce qu’ils savent pouvoir compter sur le sacrifice d’une génération de fonctionnaires ? Sacrifice sans doute inutile puisqu’à peine cette série de réforme « achevée », d’autres viendront les remplacer ou les annuler. En matière d’adaptation on peut penser qu’un ajustement suffirait, mais cela n’est pas politiquement vendeur, hélas.

  1. Quelques liens : http://is.gd/8ARUB ; http://is.gd/8ARWn ; http://is.gd/8ARXG ; http://is.gd/8ASt9  – ils sont légions sur les moteurs de recherche, mais assez peu explicites finalement.

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