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Spéculations

En France, on aime croire que le régime de retraite par répartition est obsolète. On imagine désormais, que ce sont les Américains qui ont raison, et que les retraites devraient être payées par capitalisation. C’est sans doute très complexe, mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut qu’un euro placé rapporte un peu plus à la fin de sa vie. Pour cela, il faudrait qu’il se passe pas mal de choses positives dans le pays et dans le monde, ou bien que des personnes bien malignes, placent cet euro de judicieuse manière. Spéculer, est alors la règle d’or. Et pour assurer les vieux jours de ceux qui gagnent au quotidien pas mal d’argent, tout est bon. (Montage Marcus Hausser)

spéculation

Les fonds de pensions américains ont eu l’idée géniale d’utiliser à leur profit toutes les approximations du marché boursier, et du système capitaliste dans son ensemble. Si un tel système apporte beaucoup de bénéfices, et pour un grand nombre de gens (c’est le progrès dont on nous remplit les oreilles), nous allons rapidement apercevoir ses limites. En effet, ce système est actuellement en roue libre, et peu de choses régulent son fonctionnement. Ainsi, ravis d’avoir spéculé sur les placements à risques aux USA, les investisseurs se tournent actuellement vers la spéculation sur les évènements naturels. Ces derniers ont des conséquences directes sur les stocks d’aliments, ce qui finalement détermine les prix du marché. Après tout, s’il existe  un domaine du business inaltérable, c’est bien celui de la nutrition. Tandis que les modestes Américains propriétaires sont désormais tous à la rue (la crise des subprimes américaines), les autres modestes de la planète risquent à leur tour d’avoir faim. Jugez plutôt :
Les catastrophes naturelles ont un impact direct sur les récoltes. Différents pays ont des réserves, soit de riz, d’orge, de foin ou encore de paille. Ce qui est disponible sur le marché actuellement ou bien potentiellement, influe sur le cours de ces produits. C’est pourquoi, si l’on veut gagner de l’argent, bien que l’on ne soit ni consommateur, ni producteur, mais simple investisseur financier, il suffit d’acheter un maximum de stock, de le conserver, d’attendre les problèmes, et de le redistribuer au compte goutte. Cela aurait pour effet immédiat une hausse considérable du cours des produits. Un euro d’orge d’avant l’été, en vaut par exemple aujourd’hui plusieurs (le double en fait). C’est une belle opération. Imaginez  que l’on peut répéter ce petit jeu à l’envi, sur n’importe quel produit.
L’été a été particulièrement efficace dans sa destruction cette année. Le feu détruit des champs d’orge et de blé en Russie, la mousson ravage les plantations de riz. Les stocks à venir seront donc plus faibles. Ceux existants ont déjà été achetés.

Évidences …

Ces spéculateurs vont donc tout naturellement s’enrichir. Le prix à payer pour cela, car notez bien qu’à part du malheur dans les pays touchés, rien n’a été créé, aucune richesse engendrée, c’est la faim pour ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter leur aliment de base au prix fort. C’est aussi simple que cela. C’est également l’augmentation considérable des cours des produits essentiels pour l’élevage: les fourrages et l’orge par exemple. Alors que la tonne d’orge s’échangeait à 90? la tonne avant les incendies Russes, il faut compter aujourd’hui près de 200? pour la même quantité ! Dans le même esprit,  le prix du blé a bondi de 70 % en un mois : de 130 euros la tonne début juillet à 224 euros la tonne aujourd’hui 1. La différence, c’est ce qui sert à payer un nouveau voyage à un couple de sexagénaires aisé américain (ou désormais européen).

Il est assez simple de comprendre, quand bien même on prétendra le contraire à coup d’expertises, que cette méthode génère de considérables dégâts à de multiples niveaux. Les populations précaires sont touchées de plein fouet, les agriculteurs ou éleveurs modestes vont l’être dans peu de temps, les populations de la classe médiane vont sentir les effets cumulés de la hausse de pétrole, de l’énergie, des transports, de la viande, des céréales, du lait et des produits manufacturés issus des cultures impactées par la spéculation. Les dégâts connexes pourraient être considérables, et je ne suis pas certain qu’une seule personne dans le monde puisse le prévoir avec précision.
Je pense que le capitalisme n’est profitable que s’il est régulé. Dans le système actuel, il ne sert que les intérêts immédiats d’une poignée d’hommes à travers le monde. Ces hommes là sont soutenus par l’appauvrissement d’une masse infiniment supérieure d’autres hommes. Et ceux qui échappent à la pauvreté, les modestes classes moyennes, voient en l’avenir quelque chose d’incertain voire de dangereux. Les promesses de régulations qui ont pourtant été faites lors des sommets de gestion de la crise de 2010 devraient être une préoccupation centrale de tout citoyen. Les politiques auraient alors des comptes à rendre, au quotidien. Dans ce domaine, il ne devrait pas y avoir de frontières réservées.

  1. Source LeMonde.fr

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