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Les Français devraient-ils consulter plus souvent un psy ?

Une mode actuelle dans le domaine des études sociales en France, semble être une explication de l’exception française dans un comportement social commun assez singulier. Un comportement qui nous démarquerait par exemple de nos amis Canadiens, Américains ou même Anglais. La France serait un pays sclérosé socialement, par ses habitudes corporatistes, élitistes ou ségrégationnistes.
Ce n’est certainement pas une fatalité, en revanche il est certain qu’un comportement individuel maintes fois répété, engendre ce processus social. Un tel comportement individuel pourrait-il relever de la seule thérapie ? Tous les français devraient-ils consulter? (Illustration de Carioca)

Si l’on reprend cet argument à notre propre échelle de perception, on constate tous les jours qu’il y a sans doute un fondement à cela. En effet, nous connaissons tous autour de nous des patrons, ou des employés, qui l’un parce qu’il sort d’une grande école, l’autre parce qu’il revendique sa fibre écolo, vous oppose une interface élitiste. Vous n’êtes pas comme eux, vous êtes différents et non complémentaire. Vos talents ne peuvent alors pas s’exporter ou être globalement profitables. Qui ne connait pas l’échec d’un entretien d’embauche parce qu’il n’a pas la couleur de peau souhaitée, parce que le cursus professionnel ne comporte pas les sésames classiques français, parce qu’il est soit trop vieux, soit trop jeune ?
Face à ces comportements, toujours humains, individuels, nous pouvons comprendre un défaut de confiance en soi, des habitudes corporatistes, une certaine peur ou méfiance de l’autre. Il est probable que si la personne se connaissait vraiment, avait étudié ses tourments, avait mis un verbe dessus, elle serait davantage ouverte, ou pétri de tempérance ? Il est fort à parier qu’un même entretien avec une personne bien dans sa peau (on imagine que toute la chaîne décisionnelle soit dans le même état), se passerait sans doute favorablement. Même en cas de refus, vous ne partiriez pas de la pièce abattu, ou doutant terriblement de vous, la personne aurait pris soin de vous, en vous ménageant et en tâchant de ne faire ressortir que du positif de cet entretien.

Une société compromise par des comportements individuels

Si l’on réduit davantage l’échelle de perception au niveau du couple, nous nous rendrons compte que les disputes inhérentes à la vie, ne trouvent pas d’issue lorsque l’un ou l’autre, ou bien les deux, protagonistes fonctionnent sur leurs tourments passés, plutôt que sur la seule logique ou réflexion. Ce n’est plus les faits présents qui génèrent la colère, mais davantage une histoire propre, nébuleuse, mal canalisée. Une thérapie si elle avait eu lieue, aurait vraisemblablement posé le verbe sur elles, permettant ainsi aux deux personnes de se libérer de l’influence résiliente de leur propre histoire. Une histoire qui n’a rien à voir le plus souvent avec les faits actuels.Vous le savez bien, les disputes conjugales si elles sont absolument normales, voire indispensables parfois, trouvent leur apaisement dans le compromis. Or de compromis il ne peut y en avoir que dans l’acceptation pleine et entière de soi. Il faut en effet se connaître, et avoir confiance en soi, connaître ses talents (car nous en avons tous – qui vous l’a déjà dit autour de vous ?), ses limites, et savoir se positionner par rapport à l’autre sur un plan d’égalité, en ne cherchant pas en tous cas à vous prouver quoique ce soit.

Cette notion d’égalité a une fâcheuse tendance à être compromise dans la société française actuelle. Si l’on écoute les débats sur les retraites par exemple, on est consterné d’entendre les réflexions des uns et des autres, qui toutes ou presque s’orientent vers l’idée qu’il ne faut pas qu’une branche professionnelle est davantage par rapport à une autre. On peut comprendre cela comme une volonté d’égalité, or il n’en est rien, car dans la conscience de chacun, il faut retirer à l’autre ce que moi je n’ai pas, et ainsi, je pourrai avoir davantage. Si d’un point de vue politique ce n’est bien entendu pas ce qui gouverne, les réflexions que l’on peut entendre autour de nous, convergent bien trop souvent vers cette position égocentrique.
La notion d’égalité, qui à mon sens est une composante essentielle d’une société moderne en bonne santé, trouve rapidement ses limites dans les rapports hiérarchiques – il n’y a pas nécessairement paradoxe. Je connais assez peu d’hommes ou de femmes capables d’appréhender leurs prérogatives de commandement, indispensables sans doute dans une structure efficace, de manière humble en considérant l’autre comme son égal (ce qui est fondamentalement le cas bien que peu de gens en soient convaincus) à qui l’on indique la marche à suivre dans un intérêt commun. Je connais beaucoup plus des hommes ou des femmes qui embrassent leur fonction ou leurs connaissances comme une cape de pouvoir, avec laquelle on peut se jouer du ressenti de l’autre. Autrui devient le simple instrument d’une prérogative née des circonstances de la vie, plutôt que de la réelle nécessité. En ce sens, ceux qui courent toute leur vie professionnelle vers davantage de responsabilités, de pouvoir, devraient sans doute à un moment se poser les bonnes questions. Pourquoi toujours plus ? Vers quoi courent-ils ? N’est-ce pas par exemple pour impressionner le père ?
Si l’on poursuit cette idée, on pourrait même se demander comment un homme sain d’esprit peut apprécier ce pouvoir, celui que ne sert que son égo sans se préoccuper de ce qui devrait mouvoir tout chef, c’est à dire les obligations envers ses congénères afin d’amener l’ensemble vers le succès. Plus simplement, connaissez-vous beaucoup de responsables qui n’ont pour ambition que de valoriser son équipe plutôt que lui même ?
C’est sans doute un critère de reconnaissance des hommes d’exception. Est ainsi exceptionnel celui qui n’oeuvre que pour les autres, surtout lorsqu’il a beaucoup de talents et que la vie lui est favorable.

Le sujet est complexe, et si chaque cas est particulier, le comportement de tous influe sur la teneur et la valeur de notre société. Avec l’expérience qui nous est propre, qui a bien entendu ses limites et nécessiterait une thèse, nous pouvons néanmoins constater que trop souvent les tourments des uns transpirent sur les autres. C’est le cas classique de l’enfant maltraité qui devient un père (ou une mère) violente. Si ces tourments dirigent à ce point nos vies, c’est qu’aucun travail n’a été fait à ce sujet. Jamais le verbe n’a été soigneusement posé sur une expérience défavorable. A moins que les apôtres du liberticide soient totalement exempts de mauvaises expériences, on est en droit d’émettre des réserves quant à leur comportement. Puisque nous ne sommes pas des machines, nos actes sont orientés d’après nos expériences. Ainsi confier des responsabilités à des personnes qui n’auraient pas fait toute la lumière sur eux-mêmes, est assez irresponsable.
Être bien soi même est une condition initiale de l’ouverture d’esprit. Être généreux avec les autres implique une complète (ou presque) acceptation de soi. Mais comment se connaître vraiment si personne de qualifié en face n’ouvre vos perceptions ? Il est vrai que les anglo-saxons ont intégré naturellement la consultation dans leur équation personnelle.
En France cela reste un sujet tabou, voire tourné en dérision. C’est pour les sociologues tout à fait intéressant, et c’est pourquoi, ils peuvent déterminer notre société comme étant finalement sclérosée. Tant de talents gâchés !

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