Des rentrées et des grèves

C’est la rentrée et tout s’organise autour des horaires, de la concordance entre les activités professionnelles et celles de toute la famille. La rentrée s’est une alchimie d’évènements incompatibles qui pourtant s’accordent, mais à quel prix ? Dans cette tourmente, il y a un évènement récurent, en France en tous cas, la grève. Les journalistes aiment d’ailleurs bien l’associer aux manifestations alors que ce n’est pas systématiquement lié. Une grève peut être des manifestants réunis autour d’un sujet général d’inquiétude, mais c’est surtout le cortège des râleurs, qui eux souvent, ne manifestent pas dont on parle le plus. D’aucuns s’interrogent sur la légitimité de faire grève aujourd’hui alors que la crise économique est là. En d’autres termes, avons-nous encore les moyens de faire grève ?

La simple question fait peur. N’entendons-nous pas régulièrement le collège de lieux-communs : ces profs quels fainéants ! Ces gens qui font grève et m’empêchent de travailler, moi ! Que vais-je faire de mes enfants qui ne peuvent pas aller à l’école … et ainsi de suite. Se poser cette question est en effet inquiétant parce que cela révèle que l’homme est au service de l’économie. Peu importe les idéaux, peu importe notre histoire et les sacrifices, ce qui compte, c’est une santé économique florissante.
Pourtant, si l’on se penche sur nos habitudes (nous retrouvons l’idée zen du précédent papier), on constate une surabondance des biens, et un ultra confort omniprésent. Même si beaucoup de Français souffrent au quotidien. La question qui vient alors à l’esprit, est de se savoir pourquoi sacrifier ses idéaux au profit d’un système qui n’incite qu’à la surabondance ? En France, manifester ou faire grève n’est certainement pas aussi réducteur que ce que nous présente le journal de 13 heures de TF1 1.

Pensez liberté, pensez égalité et pourquoi pas fraternité !

En France, bien que l’égalité soit un pilier de notre république, tout le monde n’en profite pas de manière équivalente ou juste. Nous savons bien que le système fonctionne grâce aux masses laborieuses, qui parfois s’en sortent très bien, parfois moins bien, au profit en tous cas d’une élite. S’il faut relativiser cette disparité, il reste néanmoins dans notre pays beaucoup d’habitudes héritières du régime napoléonien. Les élites issues des grandes écoles, formées sous un même moule, profitent davantage des bienfaits d’une riche république, que toute la valetaille hétéroclite des modestes qui œuvrent pourtant tous les jours pour entretenir notre économie (et ses bénéficiaires favoris). Ce n’est pas nécessairement scandaleux, pour autant il est important lorsque de grandes réformes sont annoncées que le citoyen soit vigilant.

En France on ne manifeste pas contre un réforme, mais afin qu’elle soit juste. Bien que notre pays soit fondé sur une notion d’égalité, des corps de métiers n’ont pas le droit de grève ou n’ont pas l’occasion de s’exprimer 2, et des corps de métiers ne fonctionnent pas tous sous le même régime légal du droit du travail. Parce notre histoire est ainsi faite, les citoyens demeurent vigilants, et il n’y a aucune raison valable pour avoir une confiance aveugle dans ses représentants. Les signes actuels d’impartialité de de tempérance ne sont pas clairs, voire suspects ou inexistants, l’époque incite donc à redoubler de vigilance. Heureusement, que ces Français grévistes ou manifestants, ont conscience de cela pour tous ceux qui se contentent de montrer du doigt le vilain citoyen qui l’empêche de travailler, sans quoi qui protègerait qui dans ce pays ? Quelles seraient les garanties d’un lendemain serein ? Quel serait le moteur des avancées collectives ? Quel serait le ciment social ?

Beaucoup d’hommes sont morts afin que nous ayons une société telle que l’on connait aujourd’hui. Les progrès ne s’achèvent pas pour autant à notre propre confort immédiat. Il reste beaucoup à faire, et beaucoup d’hommes ont encore le devoir de progresser. Trop d’inégalités persistent, trop d’hommes abusent de privilèges d’un autre temps. Cette complaisance et cet élitisme rongent notre république de l’intérieur. Le ciment social est un concept de salon plutôt qu’une réalité3. Il existe pourtant au milieu de cela un garde-fou : la vigilance citoyenne. Et cette dernière ne s’exprime pas dans un quotidien bien huilé dans lequel les impératifs professionnels collent aux nécessités scolaires ou familiales par chance ou par habitude irraisonnée.
Cette vigilance citoyenne sont ces manifestations, ces grèves, afin que nuls, même drapés d’un mandat, n’oublient quels sont les idéaux de notre pays et ce pourquoi ils doivent œuvrer 4 : liberté, égalité, fraternité. Et pour cela, l’économie ne peut rien y faire, elle n’est qu’un outil, parmi d’autres.

  1. Le journal de TF1 ouvre le sujet sur les perturbations ou les témoignages de gens qui voient leur journée habituelle modifiée, plutôt que de traiter sérieusement le fond des problèmes. En outre, le journal associe joyeusement manifestants et grévistes.
  2. Mais pourquoi la grève me direz-vous ? Connaissez-vous des histoires de conflits lorsque tout le monde fait la même chose, tous les jours, avec assiduité et neutralité ? Et puisque dans notre système il faut un patron et des ouvriers, des conflits vous en avez fatalement. Cela demeure une affaire d’hommes !
  3. Et ce n’est pas l’idée d’une déchéance de nationalité qui pourrait arranger cela. La société française tient peut-être de l’exception sociale française qui a un coût prohibitif, je ne suis pas certain que cela soit une garantie viable pour l’avenir au train où vont les choses.
  4. «Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites.» Montesquieux, in l’esprit des lois

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