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Pour une autre retraite

Lorsque le sujet des retraites est abordé autour de moi, il est rare d’entendre des voix rassurantes. En effet, plutôt que de considérer que le problème sur ce sujet provient d’une inégalité chronique existante, chacun semble n’œuvrer dans sa réflexion qu’à son profit. Pourtant, lorsqu’un système est déséquilibré, cela ne signifie pas nécessairement qu’il est mauvais en lui même. En revanche cela pourrait signifier que  certains  fondamentaux ont été oubliés.

La logique voudrait que l’on soit payé lorsqu’on fournit un travail. Or un retraité ne travaille pas. Cependant il est un citoyen à part entière, et en tant que tel, paye des impôts, consomme, participe finalement à la marche économique telle que nous la concevons encore. Il bénéficie donc justement d’une retraite. Actuellement cette retraite est indexée aux revenus de la vie active. Ce choix reste surprenant dans la logique qui nous préoccupe aujourd’hui. En effet, pourquoi y a t-il autant de différences entre un retraité des cadres et un ouvrier ? Les deux font pourtant la même chose : ils sont retraités. Ils ne produisent rien pour le collectif si ce n’est qu’ils entretiennent le système achat-vente. Cela signifierait donc que ces deux retraités aient la même retraite. Un retraité est un retraité, pas un travailleur.

Certes l’un a cotisé bien davantage que l’autre. Étrangement, cela ne choque personne. Pourquoi tout au long de sa vie, le produit de son travail sert-il à alimenter une caisse commune dont les bénéficiaires toucheront inégalement les dividendes ? Un gros salaire a les moyens de mettre suffisamment de côté pour les vieux jours. Il n’est pas nécessaire que ces gros revenus ne servent qu’à l’accumulation de conforts (plusieurs maisons, plusieurs voitures, un train de vie aisé – pour caricaturer). S’il est juste qu’un responsable gagne plus qu’un exécutant dans la vie active, cela ne se justifie plus en retraite. A moins d’apprécier la segmentation de la société en castes : les nantis, les rameurs et les pauvres – ces derniers étant infiniment plus nombreux bien entendu, l’avenir de l’ actuelle retraite par répartition semble compromis, mais selon moi pour d’autres raisons que celles évoquées classiquement.

Le choix de l’égalité

Lorsque je parle d’égalité dans les revenus des retraités, j’ai toujours en face de moi des protestations. Comment ? Travailler autant toute sa vie, rechercher des responsabilités pour finalement n’avoir qu’une retraite d’ouvrier, non merci! C’est que ces personnes oublient sans doute un peu vite que dans une vie, on ne travaille pas que pour soi. On peut, mais ce n’est pas la règle. Notre travail sert à quelqu’un d’autre. C’est le principe de réciprocité qui prime dans notre système et qui fait que malgré la somme de déséquilibres qu’il engendre, il tient à peu près. Un principe politique qui est malheureusement encore mal exploité aujourd’hui. Ainsi, si l’on veut que chaque retraité ait droit à un revenu décent, il est nécessaire d’équilibrer la répartition.

Dans une société, il faut des cadres et des ouvriers. Il en sera vraisemblablement toujours ainsi. Si un système égalitaire est choisi, chaque travailleur cotise la même somme pour les retraites, ou à peu près, quel que soit son revenu. On pourrait  imaginer un coefficient indexé aux gros revenus, et un autre aux petits revenus. Le bénéficiaire d’un gros salaire aura les moyens de préparer une retraite dorée s’il le souhaite, en épargnant, ou en achetant ce qu’il faut pour plus tard. L’individu qui touchera un salaire modeste ne pourra certes pas faire la même chose, mais il aura la garantie d’avoir une retraite suffisante pour vivre dignement.
La limite de cette logique est qu’un tel système ne correspond pas au naturel humain. Si j’étais un élu, et si je faisais une telle proposition de loi, je pense que je n’aurais que des détracteurs. Nous retrouvons du reste cette tendance dans les commentaires actuels à propos de la réforme des retraites, lorsque les fonctionnaires sont vilipendés notamment. A écouter certains, on devrait supprimer la retraite des fonctionnaires, et ainsi cela résoudrait tous les problèmes. Pourtant le législateur n’a pas décidé de ces régimes par hasard ou pour faire plaisir aux gens, il l’a fait par souci d’équité et d’équilibre. Hélas, aujourd’hui est considéré comme équitable ce qui vous rapporte plus !

Pourtant la retraite unique pour tous est un concept d’avenir. Tous les retraités toucheront inévitablement un jour ou l’autre la même retraite. A moins de décider qu’une société évoluée ne soit conçue qu’avec  une somme de déséquilibres, avec un peuple d’esclaves au profit d’une oligarchie opulente, l’avenir d’une société stable me semble assuré au contraire par la justice et l’équilibre. Bien entendu cela impose à l’homme de la sagesse, de la tempérance et une notion forte de la collectivité. Bien entendu cela ne se fera pas du jour au lendemain, à moins d’opter pour une dictature, certes, sans aucune garantie de pérennité. Le discours intelligent finalement en la matière, serait sans doute de reconnaître qu’il n’est pas utile d’amasser un magot tout au long de sa vie, et en avoir tellement, qu’il faudrait plusieurs vies pour le dépenser. Ce serait plutôt d’être convaincu que si l’émulation et la compétition sont saines en activité, ça l’est beaucoup moins pour le repos mérité. En ce sens, observer des retraités riches qui dépensent en permanence, qui deviennent une niche pour le business, et d’autres qui peinent à manger ou à se loger, est indécent. C’est une faillite du progrès, et un péril pour l’avenir.

Article initialement publié en juin 2010 sur icitoyen.fr

Commentaires

fantasio
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Il me semble que le dessein de ce gouvernement est, petit à petit, de diminuer fortement les retraites pour encourager la retraite par capitalisation. Il me semble que la retraite par répartition sera vidée de sa substance. Si on cotise plus et plus longtemps et si le montant de cette retraite diminue, cela incitera à l’épargne personnelle (pour ceux qui peuvent). Déjà une majorité des jeunes sont pour la capitalisation (malgré l’exemple américain et anglais). La fin de la solidarité est d’ailleurs bien dans l’air du temps.

Raoul
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La fin de la solidarité, la continuité dans l’appauvrissement des classes dites moyennes (même si on ne sait pas bien qui la représente), et le début de la paupérisation des salariés.
A trop favoriser le capital, on détruit le capitalisme qui est davantage me semble t-il un système de répartition de la richesse.

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