Stratégie réticulaire appliquée aux sociétés humaines

L’Histoire récente nous montre des révoltes puis des révolutions, qui semble-t-il trouvent dans le réseau des réseaux de quoi allumer la dernière mèche. Des faits de société courants dans nos vieilles démocraties nous montrent que l’homme sait s’organiser autour d’une cause, pour peu qu’il puisse facilement s’exprimer et s’organiser. Internet offre un potentiel insoupçonné de solutions qui inciteront l’homme à s’organiser différemment, sans doute, pour une société plus juste. La stratégie réticulaire 1 devrait dès à présent devenir une spécialité universitaire.

Les dictateurs le savent. Pour tenir une population, il faut la couper de l’instruction, la maintenir dans le labeur, créer le besoin, et ne pas lui laisser le temps de réfléchir, ni de s’exprimer. Cela semble complexe de prime abord, et pourtant  c’est tout à fait simple à appliquer, puisque dans l’Histoire, nous connaissons davantage de systèmes non démocratiques, que l’inverse. Manifestement le progrès social se caractérise du passage d’un système sévère à un système plus souple, plutôt que l’inverse. Avec la systématisation de l’instruction sous nos latitudes puis le développement des réseaux qui échappent à l’intelligence d’un homme, mais rassemblent toutes les intelligences pour permettre la libéralisation des idées, pour le pire ou le meilleur, la donne a changée. Internet oblige les dirigeants à plus de clarté – bien qu’en la matière cela reste très relatif finalement, mais surtout à plus d’équité, puisqu’il devient impossible de masquer le sacrifice d’une frange de la population à des fins politiciennes, sans soulever des polémiques dangereuses. Cette dynamique est confortée par la tradition de la presse, qui sait se montrer particulièrement féroce vis-à-vis des politiques lorsqu’ils mettent à côté.

Les idées trouvent désormais un support d’expression universel, continue, et immédiat. Le rêve pour tout système de propagande ! Cette facilité d’expression et d’accès pose quelques problèmes. Les meilleures idées ne sont pas nécessairement celles qui sont mises en avant. La régulation de ce flux se fait via la bonne volonté, aux dépends peut-être de l’expertise de la connaissance. En effet, si l’accès au réseau, et donc l’accès à la parole sont universels et a priori égaux pour tout le monde, le savoir ne l’est malheureusement pas encore. Ainsi, vous aurez encore l’affrontement des « sachants » et des exécutants qui compteraient bien sur le savoir des décideurs, pour se lover dans le confort d’une existence convenablement orientée. Autrement dit, tout le monde n’a pas la même notion d’indépendance intellectuelle, ou la même notion des responsabilités.

Néanmoins, l’existence même des réseaux a pour résultat une dynamique des groupes qui peut se transformer en dynamique sociale. Auparavant nous pouvions quasiment résumer l’action des gouvernements non-démocratiques, voire simplement démocratiques, comme étant des régulateurs d’idées, parce qu’ils avaient emprise sur les hommes qui les véhiculaient. Aujourd’hui, les idées échappent directement aux hommes, pour appartenir au réseau. Et la maîtrise du réseau n’est pas chose simple, ou en tous cas beaucoup moins discret que la simple élimination d’un homme. Voyez l’expérience Égyptienne, le trou noir internet généré par l’arrêt brutal des transmissions web, a probablement cristallisé davantage encore la révolte du peuple, en tous cas cela incitait les frileux à s’exprimer plus encore contre ce pouvoir. Ce fut une erreur stratégique majeure qui fera date. Internet échappe ainsi au contrôle censeur d’un pouvoir, le web en particulier est un élément fédérateur des idées majoritaires, comme nous l’a montré la révolution tunisienne de 2011.
Internet, même si seul il ne signifie rien, devient la source universelle des idées, qui rassemblées ainsi, deviennent une force incontournable et retire la domination des peuples à un seul homme, pour le bien sans doute de la démocratie. C’est sans doute pour cela qu’il ne faudrait pas attendre avant d’associer systématiquement les connaissances et le réseau internet dans le cursus universitaire, ce qui pourrait prendre de multiples facettes, et sceller à n’en pas douter, la fin des régimes d’exception.

  1. Mot forgé par Paul Mathias, à partir de « rets » qui signifie petit filet. Ainsi, « réticulaire » permet de qualifier tout ce qui a trait aux réseaux, leur structure et leur usage. in Qu’est-ce que l’Internet aux éditions Vrin,( p.10)

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