Clicky

Naviguer / Recherche

Le devoir d’expression

Le général Bertrand Soubelet, ancien directeur des opérations et de l’emploi en Gendarmerie s’est exprimé début 2016, sur ce qu’il considère être les errements de la justice actuelle. Ce livre qui semble bien se vendre, lui vaut quelques oppositions franches de la part du pouvoir politique et spécialement par un Alain JUPPE qui aurait estimé (source) le 25 avril dernier devant des étudiants de sciences-po à Bordeaux, qu’un militaire c’est comme un ministre, ça ferme sa gueule ou ça s’en va.

Je pense que cette conception, qui fait écho à ce que l’on peut entendre en France aujourd’hui, est totalement archaïque. Pire, cela démontrerait s’il y en avait besoin, la posture qu’adopte bien trop facilement une partie de la classe politique, celle qui est actuellement dans l’opposition. Pourtant il ne me semble pas que nos politiques Français, soient d’une exemplarité telle que cela inciterait à leur confier toute notre confiance de citoyens.

Un général des armées est aujourd’hui une femme ou un homme à responsabilités. C’est un sachant des conditions d’engagement des armées, des difficultés de fonctionnement des femmes et de hommes qui servent le pays. C’est un manager qui a sous sa responsabilité d’autres citoyens d’horizons très variés, engagés également dans le service public. Et cette connaissance, il l’apporte régulièrement aux politiques des ministères qui ont à arbitrer des budgets, ou des choix stratégiques.
Sur l’aspect particulier de l’écriture, d’une part ce n’est pas la première fois qu’un général (ou futur général) s’exprime de la sorte, et d’autre part je n’y vois pour ma part que la marque affirmée d’un responsable, peut-être pédagogue, qui participe à l’effort du pays pour lui tracer un chemin dans un présent complexe et un avenir incertain. Ainsi je n’imagine pas que l’on puisse faire l’économie de quelques têtes pensantes, surtout si elles sont impliquées dans la marche de la nation.

Je n’apporte pas ici de jugement sur la qualité de l’ouvrage du général dont nous parlons, pourtant je ne peux m’empêcher de croire qu’il n’y a pas assez de généraux qui s’expriment. Encore faut-il en avoir le temps. En ce sens le droit à la réflexion publique des militaires est une évidence. L’Algérie source de cette méfiance des politiques à l’endroit des uniformes ne signifie plus rien désormais pour la plupart des Français. Mais ouvrir la porte à l’expression des généraux, c’est faire évidemment le pari de la loyauté, c’est également ouvrir la porte à l’expression de tous les militaires. L’intelligence et le talent sont en effet des richesses partagées entre tous les hommes, et parfois furtivement, bien loin des artifices de reconnaissance des responsabilités.

Dans une démocratie qui a la prétention d’être moderne chaque citoyen doit avoir la possibilité de prendre tribune. Mais cette liberté ne pourra être efficiente qu’à la condition, dans le même temps, de veiller à la formation universitaire des citoyens, afin de leur donner le sens critique nécessaire qui nous préserverait des écarts que les hommes ne manquent pas de faire. L’histoire récente d’une Europe en guerre nous le rappellerait. La montée des populismes en période de crise nous le confirme. En effet, le tribun ne dit pas la vérité, il émet un point de vue qui peut faire concorde, diviser, ou simplement qui permet d’ouvrir des perspectives.

Dans cette affaire finalement, le plus inquiétant n’est pas la prise de position publique d’un militaire, mais l’obsolescence marquée de bon nombre de nos hommes politiques, symbolisée par la tirade regrettable d’un ancien premier ministre Français. C’est d’autant plus regrettable que sous la présidence Hollande, des avancées très nettes sont constatées dans le domaine de la participation et de la reconnaissance des militaires dans leurs corps de métiers.
Les tentatives pour reconquérir la confiance des électeurs, passera inévitablement par la reconnaissance pleine de la citoyenneté de tous les Français, et spécialement de ceux qui aujourd’hui encore n’ont pour devoir que de se taire.

Laissez un commentaire

nom*

Adresse mail* (non publiée)

Site Web

Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.